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Plus de 30 000 gourdes à payer à un professeur-encadreur pour passer le cap du mémoire à l’EDSEG

Plus de 30 000 gourdes à payer à un professeur-encadreur pour passer le cap du mémoire à l’EDSEG



Tout étudiant qui désire passer le cap du mémoire du premier cycle à l’École de Droit et des Sciences économiques des Gonaïves (EDSEG) de l’Université d’État d’Haïti (UEH) est contraint de payer un montant qui varie entre 30 000 et 60 000 gourdes. Une pratique qui, selon certains [anciens] étudiants, est un acte de corruption puisque le Conseil de l’Université (CU), instance suprême de l’UEH, a pris une résolution, en 2017, contre cette pratique courante au sein de plusieurs entités, dont l’EDSEG.

Financée par le Trésor public, l’EDSEG est, depuis un certain temps, considérée comme la propriété privée des dirigeants et de bon nombre de professeurs. Les conditions d’apprentissage de cette institution publique sont infernales : toilettes en très mauvais état, surpopulation des salles de cours ; bibliothèque mal équipée. Telle est la situation de l’EDSEG décrite par un ancien étudiant rencontré par Le National.

Selon les informations recueillies, à l’EDSEG, la misère des étudiants fait la richesse des professeurs. Malgré une résolution, adoptée en octobre 2017, du Conseil de l’Université (CU), interdisant formellement d’exiger une compensation pour encadrer les mémorands, à cette entité, les dirigeants et les professeurs font la sourde oreille. Tout étudiant qui désire passer le cap du mémoire de licence, à l’École de Droit et des Sciences économiques des Gonaïves (EDSEG) de l’Université d’État d’Haïti (UEH), doit verser à son professeur-encadreur une somme de 30 000 gourdes au minimum, révèle une enquête menée par Le National qui a essayé en vain de contacter les responsables de l’École.

Selon les éléments de l’enquête, cette résolution adoptée, il y a environ quatre ans, n’a pas freiné ces actes de corruption pratiquée à l’EDSEG depuis des lustres. Sous couvert d’anonymat, un ancien étudiant de cette école a fait savoir que cette pratique ne date pas d’hier. « Avant mon arrivée comme étudiant, cette pratique existait déjà et continue à date. Elle est la marque de fabrique de l’EDSEG », dit-il. « Pour la vérité, à l’époque où j’étais mémorand, afin de trouver un tuteur, j’ai dû payer 25 000 gourdes après maintes négociations et grâce aux relations cordiales que j’ai eues avec lui. Mais j’ai des amis qui ont payé entre 50 000 et 60 000 gourdes pour réussir leur mémoire à l’EDSEG », a-t-il confié au journal.

Comment a-t-il payé ce montant? lui demande-t-on. « J’ai versé, en une seule tranche, cette somme exigée à mon directeur de mémoire, lui-même », répond-il tout en dénonçant : « Jusqu’à preuve du contraire, cette décision déloyale n’est enregistrée nulle part. Étant donné qu’ils – les dirigeants et les professeurs-encadreurs – sont très puissants, nous sommes obligés de payer pour passer le cap du mémoire. »

Si certains étudiants ont la possibilité d’acheter la réussite du mémoire étalé à l’EDSEG, d’autres restent bloqués faute de moyens financiers. À ce titre, Sandro* explique qu’il a bouclé le cursus depuis trois ans, mais le tarif exigé pour l’accompagner dans la rédaction de son mémoire constituait un véritable obstacle. « J’ai abordé un professeur afin de voir dans quelle mesure il pourrait m’accompagner. Il m’a demandé entre 25 000 et 30 000 gourdes. Or deux ans auparavant, il m’était impossible de trouver cette somme », a-t-il affirmé.

Face à l’hyperpuissance de ce groupe de professeurs, Sandro dit qu’il n’a eu d’autre choix que de payer pour passer le cap du mémoire à l’EDSEG. Les dirigeants de l’UEH sont au courant des mauvaises conditions dans lesquelles l’EDSEG fonctionne, mais ils préfèrent, selon lui, laisser cette entité à la portée de quelques professeurs qui font leur beurre aux dépens de la misère des étudiants. « Je choisis de travailler sur mon mémoire puisque je vois que le CU est incapable de contrer ce fléau », soutient Sandro.

Selon la perception, l’EDSEG est une école de référence au niveau de l’enseignement des sciences juridiques. Néanmoins, au fond, la qualité de la formation laisse à désirer pour reprendre les propos de Khélo*, un ancien étudiant. À l’EDSEG, témoigne ce dernier, il n’y a rien de sérieux qui est dispensé sur le plan méthodologique. « Sans considérer l’aspect théorique, les étudiants de l’EDSEG ont beaucoup de lacunes en méthodologie », a-t-il dit.

Le Conseil de l’Université de l’UEH, selon une circulaire en date du 13 août 2020, dont Le National a eu connaissance, a créé au sein de l’École de Droit et des Sciences économiques des Gonaïves (EDSEG) une commission de restructuration. Selon cette note, qui a débouché sur un bras de fer entre le Rectorat et les dirigeants de l’EDSEG, cette commission avait plusieurs missions, dont « revoir le système de soutenance de mémoire tout en respectant les consignes du Rectorat ; promouvoir la recherche scientifique au niveau de la région et contrôler systématiquement les travaux de sortie des étudiants ».

À aucun moment, a-t-on souligné dans la circulaire, le CU n’a mentionné l’illégalité de la somme d’argent exorbitante exigée par les professeurs-encadreurs de l’EDSEG. Ledit conseil n’avait pas non plus annoncé des mesures pour contrecarrer cette pratique. Autrement dit, le Rectorat de l’UEH ne fait rien jusqu’à présent pour résoudre ce problème de corruption qui ronge l’EDSEG.

Au contraire, celui qui criait au loup fait entrer l’animal dans la bergerie. Pour preuve, dans une note publiée le 18 juin dernier, de concert avec la commission de Restructuration, le Rectorat a annoncé, avec ces mêmes professeurs, la « reprise des activités académiques et demandé aux étudiants qui désirent finaliser l’année académique 2019-2020 de bien vouloir remplir le formulaire d’inscription y relatif ».

P.S (*) : pour protéger l’identité des [anciens] étudiants qui ont collaboré à cette enquête, nous avons utilisé des noms d’emprunt.

Wilner Jean




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