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Amères journées

Amères journées



Il est des matins où nous préfèrerions avoir seulement mal appréhendé un événement, tant il fut au-delà de ce que notre esprit peut normalement supporter. L’on se réveille hagard, submergé par l’intensité du choc. C’est sans doute dans cette disposition que la population haïtienne a vécu la journée du 7 juillet 2021 avec la nouvelle de l’assassinat spectaculaire et trop facile de Jovenel Moise, Président de la République et logiquement le personnage le mieux protégé du pays.

Si dans la réalité des faits Jovenel Moise était très controversé comme président, son assassinat, fait hautement marquant et qui marquera des générations d’Haïtiens, n’avait été prévu dans aucun des scénarios de sortie de crise. Comment est-ce possible, avec autant de facilité, restera une question pendante pendant encore longtemps.

Nous, Haïtiens, avons compris depuis quelques années avec l’insécurité incontrôlable, que nous étions plus « mortels » que les autres. Mais quand la famille présidentielle fait elle-même cette violente et amère expérience, il est venu le temps de se courber face à sa propre impuissance. Aujourd’hui, il n’y a que la chance, celle de ne pas se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, de choisir ses ennemis parmi les plus faibles, de déménager dans un autre pays, qui tienne.

Il manque surtout ce discours capable d’expliquer, avec des mots simples et sincères, les actions politiques qui peuvent donner à la population ce sentiment, tant espéré, de contrôler son propre destin. Sur ce point, les acteurs politiques et particulièrement ceux qui nous gouvernent ont de la peine à rassurer en portant ce discours. L’espérance renouvelable de vie de vingt-quatre heures, qui aurait du être une blague dans le registre de l’humour noir et salace, s’impose comme une réalité à considérer. La mort fatale, trop facile obscurcit l’horizon et nous plonge dans une forme de résignation involontaire. À défaut de mieux.

Du bâtonnier au président, en passant par le journaliste et l’anonyme de Martissant, la mort continue de forger brutalement notre monde en Haïti. Désormais, non seulement qu’il faut se protéger des petits et grands bandits nationaux, il faut garder un œil sur des mercenaires. Par conséquent, tout blanc assez imprudent pour se montrer à une foule devient un potentiel tueur en puissance.

Pourtant, on croyait loin et enfoui dans les mémoires le vaudeville des Comores sous la coupe réglée du mercenaire Bob Denard. De 1975 à 1995, il a dirigé plusieurs opérations de coup d’État aux Comores, remis au pouvoir un président qu’il avait destitué. Et, finalement, il l’a assassiné.

Il s’agit désormais de comprendre à qui profite le fait que des mercenaires soient engagés et payés pour prendre les armes et assassiner des citoyens haïtiens. Vraisemblablement, des mercenaires ont assassiné un chef d’État et blessé sa femme. Du jamais entendu en Haïti.

Toutefois, la justice populaire, jamais maitrisée, est une horreur qui pense pouvoir commander une autre. Les images d’individus étrangers maltraités par une foule surexcitée ouvrent la porte à des accidents fâcheux. Le peuple se trompe régulièrement et ignore totalement le concept de la présomption d’innocence.

Il est tellement difficile de faire la part des choses quand la pauvreté frappe aussi durement et que le droit à la vie n’est qu’un leurre.

Jean-Euphèle Milcé




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