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Des territoires et du cash

Des territoires et du cash



Plus par naïveté que par cynisme, ils sont nombreux, les donneurs d’ordre haïtiens à croire que les groupes armés des quartiers populeux sont porteurs d’intérêts politiques particuliers et qu’ils les défendent armes à la main. En réalité, ce ne sont ni des militants fougueux et déterminés ni des porteurs d’un message libérateur. Il est connu, ce qui est trop de fois documenté, que les gangs agissent toujours dans le but de contrôler un territoire et d’y imposer leur loi. Dans toute la littérature consacrée au fonctionnement des gangs, partout dans le monde, il n’est écrit nulle part que ceux-ci poursuivent des objectifs de protection de la population. Il est évident que nous n’avons pas affaire avec une société de bienfaisance ou un mouvement sociopolitique de développement des quartiers défavorisés.

À un certain moment, il y a eu ce bluff de la part des bandits en train de courir après les récupérations idéologiques. Pourtant, chez les gangs, les discours et les promesses ne tiennent pas. C’est un univers de slogans et de gros cash.

La grande difficulté ou l’impensable malheur dans la situation actuelle est que beaucoup trop de personnes (entrepreneurs, commerçants, politiques, responsables d’églises, représentants d’ONG, entre autres) imaginent se mettre sous la protection des gangs contre paiement régulier d’une taxe et de la soumission. Cela se comprend, puisque les gangs pullulent, parce que la Police n’arrive pas à assurer la sécurité de ces quartiers où, plus généralement, les institutions de proximité de la République sont absentes ou dysfonctionnelles.

Ce phénomène, il faut l’admettre, n’est pas nouveau. Ici, en Haïti, ou ailleurs, dans le monde, il est facile que des jeunes prennent des armes, rivalisent en cruauté, gagnent encore plus de territoire et empochent de gros montants. Ces jeunes le font surtout parce qu’ils ont compris que les perspectives économiques et sociales n’existent pas pour eux. Ainsi, ils choisissent de vivre, même pour un laps de temps, comme des nababs au lieu de mourir pauvres.

Il n’y a rien de rationnel dans le fait que des personnes et des institutions acceptent de se mettre sous la protection d’un groupe armé qui, pour exister et prospérer, doit chasser les autres à grand renfort de « manch long ». Les gangs n’ont ni amis, ni patrons, ni protégés. Ce sont des structures qui accroissent, dans la violence aveugle, leurs portefeuilles de clients sur qui elles gardent le droit absolu de vie et de mort.

En 1929, aux États-Unis d’Amérique, le très craint et prospère chef de mafia Lucky Luciano, a étendu son entreprise criminelle sur une bonne partie du territoire américain en se fédérant avec d’autres truands pour constituer ce que la presse a appelé, avec raison, le Syndicat national du crime. Tous ceux qui ne voulaient pas s’associer avec Luciano ou qu’ils suspectaient de manque de loyauté ont été littéralement broyés par l’armée des tueurs à la solde du gangster. Et, ceux chargés de l’application de la loi ont dû affronter leurs collègues achetés par la mafia ou totalement démoralisés, les politiciens corrompus et même des grands artistes qui pouvaient, à l’époque, soulever des foules.

Un siècle plus tard, Haïti se trouve, à peu près, dans la même configuration. Les gangs sont en guerre pour augmenter leurs revenus en occupant de grands territoires rentables.

Un supermarché à Pétion-Ville paie mieux qu’un kiosque de borlette.

Jean-Euphèle Milcé




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