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Mais c’est la guerre!

Mais c’est la guerre!



Une terrible guerre des gangs affecte tragiquement les entrées sud et nord de la capitale. Le délire de puissance et l’ivresse de l’impunité ont encouragé les chefs de bandes aussi furieux que des molosses déchaînés à se battre pour des pans de territoires.

Les images diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des jeunes des deux sexes, et même des enfants lourdement armés allant « joyeusement » à la guerre. Ils faisaient crépiter leurs armes au milieu de chaudes acclamations et de mortelles invectives contre leurs rivaux. Des marginaux comme eux que des brasseurs d’affaires ont transformés en loups enragés lâchés sur la ville.

Certains postes de radio grésillent à longueur de journée des voix menaçantes de ceux qui forts de leur artillerie ont mis la capitale sous coupe réglée. Dans la foulée des opérations de ratissage, certains postes de police ont été conquis par les bandes armées. Une image assez parlante est celle d’un gilet pare-balles portant l’inscription d’une unité spécialisée de la police sur le torse bombé et nu d’un jeune partageux.

Dans l’opinion publique, on semble faire peu cas des prises de positions officielles de plus en plus rarissimes sur cette épineuse question sécuritaire. On se branche sur certaines radios périphériques ou sur You Tube pour écouter les déclarations des nouveaux « maîtres » du temps et de l’espace.Ceux-là mêmes qui, de leur propre gré, ont décidé de diminuer les enlèvements quotidiens pour régler des problèmes urgents « d’espace vital » au rythme des agendas politiques.

Dans ce contexte plutôt sulfureux, un panel d’experts s’est prononcé dans le cadre d’une conférence virtuelle, le 29 mai dernier, autour de la question de l’insécurité.Un programme réalisé sous les auspices des Incas productions INC. de la journaliste indépendante Nancy Roc, La Fondation Zile et le Centre de documentation très connu basé à Montréal (CIDIHCA).

Le premier panéliste, le sociologue Laënnec Hurbon a analysé le nouveau « visage » de cette forme d’insécuritéjusqu’ici inconnue en Haïti.Imprévisible, elle vous guetter au détour d’une route. Multiple, elle épouse plusieurs formes et a la capacité de se propager à l’instard’une pathologie cancéreuse dans les venelles de la ville. Ces menaces qui ruinent notre quotidien sont différentes de celles que le pays a connues sous la longue dictature de la maison Duvalier.

À l’époque, nous avions affaire à des centres de répression plus ou moins hiérarchisés. La violence n’était pas aussi spontanée et imprévisible. Pour le président du Conseil scientifique du collège doctoral de l’Université d’État d’Haïti, ce que nous vivons aujourd’hui est un chaos totalitaire au milieu de nos dépouilles institutionnelles. Il ne croit pas aux vertus douteuses de la nouvelle Constitution qui de toute façon n’apparaît pas prioritaire dans les heures si sombres que nous vivons.

Pour le politologue et juriste James Boyard, le diagnostic est clair : les institutions ont été détournées de leurs fonctions premières. Le démantèlement de l’Armée et les structures traditionnelles de contrôle du territoire ont laissé un vide abyssal mal comblé par des forces de police sous-équipées. Et last but not the least, l’argent sale a eu un effet corrosif sur nos institutions politiques et financières. Le spécialiste en défense et sécurité internationale ne croit nullement en la fatalité dans ce domaine.

Il mise plutôt sur de nouvelles politiques publiques pour plus de justice sociale, de nouveaux moyens technologiques et « militaires » pour restaurer la suprématie des forces légales(hélicoptères, drones armés).Des programmes offrant espérance et opportunités aux jeunes des quartiers marginalisés. Ces éléments et d’autres approches substantielles sont disponibles dans un livre déjà paru et intitulé « Le procès de l’insécurité » : problèmes, méthodes et stratégies sous la signature de M. Boyard.

Mario Joseph, avocat, et président du Bureau des avocats internationaux, est revenu sur le rapport publié en avril dernier, de concert avec la Clinique internationale de défense des droits humains de la faculté de droit de Harvard autour de l’implication d’officiels haïtiens dans des massacres dans des quartiers populaires. Pour le membre fondateur de l’Observatoire des crimes contre l’humanité en Haïti, notre pays en tant que membre à part entière de la famille des Nations unies ne saurait faire exception dans le cadre de l’application d’une jurisprudence sanctionnant les crimes contre l’humanité dont se seraient rendus coupables des femmes et hommes d’État.

Le Dr J.Roosevelt Clérismé psychiatre de carrière, interviewé par Nancy Roc, a établi un ensemble de pathologies qui peuvent surgir d’une situation aussi insoutenable pour le psyché de chaque Haïtien. Il a dénoncé les conséquences à long terme sur les générations futures de cette violence indiscriminée.

La guerre, qui sévit rageusement dans nos quartiers, sans oublier les « saisies de corps » que représentent les kidnappings, représente, pour cet éminent spécialiste en neurologie et psychiatrie, de lourdes dettes psycho-pathologiques que nous accumulons et qui sont autant d’hypothèques sur l’avenir.

De tels débats contribuent à une meilleure compréhension de l’imbroglio national en vue d’examiner les voies de sortie. Nous sommes un pays comme disait Dany Laferrière, ou malheureusement, les egos sont plus forts que les institutions.

Roody Edmé




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