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Comme un désir d’effondrement

Comme un désir d’effondrement



Des habitants de Port-au-Prince, bon nombre était derrière leurs barricades aujourd’hui, ont compris qu’ils sont loin d’être au bout de leur peine. Ils sont kidnappés. Peu importe le milieu le social dont ils sont issus. Ils doivent aussi subir les réactions qui suivent ces enlèvements : routes barrées, colères, destruction sans discernement de tout ce qui bouge.

La journée du mercredi 28 avril a été particulièrement éprouvante. Certains sont restés des heures dans les embouteillages, écoutant les matinales des radios qui semblent ressasser les mêmes nouvelles, mauvaises, surréalistes, abracadabrantes, comme pour confirmer ou reconfirmer que nous sommes piégés, incapables, peu importe le camp avec lequel nous nous identifions, de percevoir la moindre lueur, même à long terme.

Nous traversons malheureusement cette période et nous nous enfonçons dans l’incertitude. Peut-être que nous payons le fait que pendant longtemps, nous avons fait preuve de bienveillance, voire de respect, à trop de trafiquants de drogue, de bandits de grand chemin, des détrousseurs de peuple et de bouffons obscurantistes. Et cette sympathie est entérinée par le fait qu’ils ont le droit d’occuper la sphère publique et d’assurer le monopole de la conduite des affaires de la nation dans tous ses aspects politiques, économiques et sociaux.

Le plus inquiétant reste le fait absurde que l’élite, avec ses immenses compétences et une connaissance certaine de son rôle, n’agit pas. Du moins, elle se contente de réagir dans ses fuites, dans ses « post » sur les réseaux et dans ses petites stratégies de survie. Tout au plus, quelques réactions de colère vite dissipées.

Depuis quelque temps, ceux qui ont besoin de se faire écouter ou de s’enrichir, peu importe la raison ou la fantaisie, choisissent de le faire armes à la main et cartouches en bandoulière. Ceci préfigure d’une ère de chaos total et peut-être irréversible. Pourtant, les Haïtiens vont avoir besoin de se parler, de se rencontrer ne serait-ce que pour envisager les prochaines échéances politiques.

Il est évident que personne, même les voyous qui tirent les ficelles, ne souhaite vivre dans un pays plongé dans un marasme économique et incapable de garantir les droits fondamentaux de sa population. Entre les kidnappings contre rançon, la passivité des forces publiques, les réactions solitaires des groupes réclamant la libération de leurs membres, les messes basses de l’église, il y a un désir d’effondrement exprimé.

Pour changer de système, humaniser les pratiques et préparer les triomphes des vraies idées, le pays a besoin de mettre tous les acteurs autour d’une table. Le pays est de moins en moins viable. Accepter de vivre en Haïti devient un risque. Dans l’action sensée et dans la solidité des principes, il faut sauver le pays. Ou ce qui en reste.

Jean-Euphèle Milcé




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