RTPacific Contact Avis
 
29.05° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

« Simoun » : poésie de Robert Berrouët-Oriol

« Simoun » : poésie de Robert Berrouët-Oriol



Linguiste de profession, poète et essayiste, Robert Berrouët-Oriol a enseigné la linguistique et la terminologie à la Faculté de linguistique appliquée de l’Université d’État d’Haïti. Les anthologies de littérature québécoise consignent qu’il est l’auteur de la première étude théorique portant sur « Les écritures migrantes au Québec » (LittéRéalité, Toronto, 1991 et Quebec Studies, Ohio, 1992). Il a collaboré aux revues littéraires et culturelles Vice Versa, Moebius, Dérives (Montréal), LittéRéalité (Toronto), Europe, Saprifage, Revue noire (Paris), Interculturel de Lecce (Italie), Maison de la Poésie (Namur), Calacs (Ottawa), Quebec Studies (Ohio), Callaloo (Virginie), Cheminscritiques et Conjonction (Port-au-Prince). Il a fait paraître en 2010 le livre « Poème du décours » (Éditions Triptyque), finaliste du Prix du Carbet et du Tout-Monde et grand Prix de poésie du Livre insulaire 2010 à Ouessant, en France. Il a représenté le Québec à la Foire internationale du livre de Barcelone (2008), au Salon du livre de Paris (2011, 2012), au Festival international de poésie de Granada (Nicaragua, 2012), à la Semaine de la Francophonie (Rome et Naples, 2013) et à la Journée internationale de la langue maternelle 2015 (OIF/Unesco, Paris). Paru à Montréal aux Éditions Triptyque en mai 2021, le recueil « Simoun » est sa huitième œuvre de fiction poétique.

Extraits

(1)

j’ai donné congé au vain babil des amulettes
au verso du Simoun
les chameliers sonnent le départ
vers d’autres dunes d’autres chemins de faïence connus d’eux seuls
sais-tu Amande fille de l’aube
qu’à chaque escale des caravansérails
les hommes bleus installent rituels d’eau pure
et récitatif de Poèmes
ils portent parole première au suffixe du Simoun
au carrefour de l’oral et des parchemins
soigneusement enfouis au coin nord des tentes
et que célèbrent les fils du désert au plus fort des bourrasques

(2)

sur la mer de sable mes mots-silex s’agglutinent
caracolent à mes lèvres
je n’ai plus de bouche pour parler langue d’oracle
de quel rituel puis-je ce jour me réclamer
sinon cens salves à ravauder aux portiques de ton corps
ô Amande des jours fastes
rêvés à la lisière de tes paumes
j’épie sismiques palabres
marchant d’une dune à l’autre
dans l’entrelacs des pores où défaillir me sied
quand les tribus nomades se dispersent
sous l’œil complaisant de la Grande Ourse
apprendre la carte du ciel est legs premier
sur la mer de sable
y voir un enseignement précieux des sages parmi les hommes bleus

(3)

cannne blanche canne pour recoudre le fil cassé de l’encre
et greffer pupilles aux archives du caravansérail
un certain jour à l’abri du Simoun
sous la tente des sages
y ai trouvé rarissime trace de l’aïeul Sextus Berrouët
il séjourna un court temps parmi les hommes du désert
avant de mettre le cap vers Jacmel
où il prit racine
léguant à cette commune la recette du vin de palme
et l’invention de l’alambic à trois pistons
par lequel le divin rhum colonisa le Sud-Est
puis l’île entière d’Hispaniola
ainsi s’imposa la légende de l’aïeul
général d’improbable armée bardé de médailles
glanées sur les champs de bataille de sa véranda
il y guettait le passage des négresses
conquises de haute lutte au fil de son épée Takoba
rapportée de son séjour touareg

(4)

c’est aux archives de la mer de sable
que la mémoire des hommes du désert se trouve confiée
l’Amande elle aussi y puise parfois souffle d’aurore
maraudeur je marche vers elle d’un pas incertain
telle antienne à nouveau récitée
en hommage à la géométrie des corps enlacés
dans le lointain des dunes
nos peaux ont rendez-vous avec l’épure de nos gestes
corps vrillés à l’amont du désir
il y a que l‘amour cherche encor sa langue primitive
il y a que l’amour guigne l’oasis
sur l’éternité de la mer sablonneuse
troublante et noctiluque porosité de l’absence
où s’abîment les semelles du Simoun

(5)

Simoun ô vent d’ample voilure
en tes coutures aveugles
tu dresses table féconde des longues maraudes
sous la lumière sacrée des grands espaces
nul exil n’affranchit le passage des hommes bleus
nulle trêve au midi du soleil
n’efface traces lues au coude des sentiers sablonneux
le rauque cri des dromadaires salue l’arrivée de l’oasis
et le sable recouvre les pas de l’Amande
à tous battements des paupières
femme touareg au masque de sable
tu portes en toi arômes de bivouac et promesse des osselets de l’enfance
dans l’amitié du point d’eau
l’oasis est lieu d’échanges des guerriers du désert
et réceptacle du croisement des mémoires caravansérails
j’écoute bouger les pas de l’Amande
sur sablonneux tapis dont on ne voit pas la frontière
et voici qu’ainsi j’habite l’essence même des mots sans patrie
folle l’amulette clame sa décrue
folle mon errance paie tribut de l’âge
seuls les aveugles ne parlent pas langue du Simoun


La Rédaction




Articles connexes


Afficher plus [5552]