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Le doctorant Théophilo Jarbath fait le point sur son documentaire : «Les jeux traditionnels, une danse pour la vie »

Le doctorant Théophilo Jarbath fait le point sur son documentaire : «Les jeux traditionnels, une danse pour la vie »



Les jeux développés en vue de maintenir les relations humaines sont à la fois forme et sens. SelonThéophiloJarbath, réalisateur du film documentaire « Les jeux traditionnels, une danse pour la vie », « Les jeux mobilisent un ensemble de techniques, d’objets, d’espaces partagés, de savoir-faire qui ont été amenés à partager un même code, langage qui s’articule autour d’une volonté de partager, d’apprendre, de jouir, de faire acte de présence. La forme et la nature des jeux sont complexes et fournissent une compréhension sur la relation des participants et de sa fonction dans les différents échanges avec l’autre, le milieu et les objets pour les réaliser».Walner Olivier s’est entretenu avec lui sur son documentaire.

Walner Olivier :Qui est ThéophiloJarbath ?

Né à Port-au-Prince, j’ai 26 ans. Je suis explorateur, aventurier, photographe documentaire et passionné de montagnes, d’alpinisme, de spéléologie. Je parcours de la capitale d’Haïti à sept (7) autres départements d’Haïti à pied sur six (6) années consécutives et a voyagé dans tout le pays. Depuis une dizaine d’années, je fais du TREP : Tourisme, recherche, exploration, photographie, pour la sauvegarde, la valorisation des patrimoines matériels et immatériels liés à l’eau, aux hydrosystèmes, l’environnement côtier et marin en Haïti. Je travaille sur l’eau à la frontière des sciences naturelles et des sciences humaines et sociales avec la photographie, le film, les arts visuels comme médium, objets et terrain. Ethnoécologue, spécialiste de l’eau, des rivières, des hydrosystèmes à l’interface des sciences naturelles et des sciences sociales, spécialiste des jeux traditionnels et des pratiques ludiques, je porte des projets de recherche-action, de recherche et de développement sur eux. Spécialiste de la sculpture en pierre de la Rivière-Froide, j’ai constitué plusieurs monographies non publiées sur ce hydronyme.

Je poursuis un doctorat en ethnoécologie et en sociologie du développement à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) en France en cotutelle de PhD à l’Université d’Ottawa au Canada en travaillant sur les hydrosystèmes et les projets-programmes de développement de l’eau. Artiste multidisciplinaire, anthropologue visuel et cinéaste, mes travaux artistiques lient texte, photographie, sons, vidéos, récupération artistique, collage et installation des objets qui sont du domaine de l’environnement, de l’eau.

W. O. : Vous êtes le réalisateur du film documentaire « Les jeux traditionnels, une danse pour la vie ». Parlez-nous un peu de ce film : la date de sortie – le thème traité – Son contenu.

Ce documentaire est-il né à partir d’un constat ? Si oui, parlez-nous du contexte de réalisation.

« Les jeux traditionnels, une danse pour la vie » est mon premier film documentaire traduit et sous-titré en 3 langues (français, espagnol, anglais), consacré aux jeux traditionnels haïtiens et pratiques ludiques. C'est un long métrage de 63 minutes qui a été réalisé en faisant parler les gens, en recueillant des témoignages sur leur vécu par rapport aux jeux traditionnels et des situations de production et / ou de création de jeux. En 2019, j'ai été lauréat d'une bourse de recherche du GIS « Jeux et Société » à Paris (ce, encore lauréat 2021, en équipe avec Thierry Wendling et Thomas Mouzard pour un projet de valorisation et d’échanges scientifiques autour des jeux traditionnels dans les Caraïbes Francophones) sur les jeux traditionnels. J'ai décidé par ailleurs de réaliser ce film non seulement dans le cadre de cette bourse me permettant de mener la recherche pas d’assurer la production et la postproduction du film, mais aussi pour représenter une décennie de travail sur les pratiques ludiques en Haïti, restituer par le biais des écritures alternatives (le film, la photographie) une recherche-action, autre qu’un article scientifique ou une conférence débat en milieu très académique, universitaire, de pousser plus de gens de différents milieux à débattre sur les jeux. Il n’y a pas eu une date de sortie pour ce film, et jusqu’à aujourd’hui, je frappe toutes les portes afin de le faire diffuser.

Ce film a été produit, réalisé, tourné entièrement, sans budget, avec prêts de matériel auprès de la direction de l’audiovisuel de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) malgré la possession de rushes et d’images d’archives (2011 – 2019), il était important de continuer à tourner, conduire des entretiens. Ce qui m’était très difficile.

C'est un film construit et fait de manière expérimentale, qui parle des jeux certes, mais je suis allé à la rencontre de plusieurs choses. À travers ce film, j'ai questionné et mis en exergue l'aspect genré des jeux et les tabous, la résilience des Haïtiens, leur rapport à l'environnement et aux autres. Comme je le dis souvent : « Les jeux mobilisent un ensemble de techniques, d’objets, d’espaces partagés, de savoir-faire qui ont été amenés à partager un même code, langage qui s’articule autour d’une volonté de partager, d’apprendre, de jouir, de faire acte de présence. La forme et la nature des jeux sont complexes et fournissent une compréhension sur la relation des participants et de sa fonction dans les différents échanges avec l’autre, le milieu et les objets pour les réaliser. Ce qui permet de concevoir le système des jeux au prisme de la culture, de l’économie, du religieux et du social, de l’écologique ».

De plus, les jeux représentent bien plus que ce que l'on peut penser. On se retrouve pour jouer, mais plus encore, on joue pour se retrouver ; on joue pour partager des moments de joie et de tristesse. On joue pour vivre. La finalité n'est pas forcément dans le plaisir de jouer, mais tout aussi bien dans un esprit de partage et de rencontres avec l'autre.

WO: Quel est l’objectif poursuivi en réalisant ce documentaire sur des jeux traditionnels de la culture haïtienne ?

TeophiloJarbath:L'objectif de ce film est de montrer que jouer est un acte de vie. Que jouer aide à se rencontrer et que c'est un marqueur de temps pour des générations, un patrimoine à valoriser, une pratique à pérenniser, un moyen pour vivre et oublier la vie .

W O:Quand a eu lieu la grande première en Haïti ? Vous avez eu pas mal de projections – Quelles émotions ont éprouvées les spectateurs en regardant ce documentaire ?

T J: Compte tenu de la situation sociopolitique du pays et de la pandémie, cela a boycotté la diffusion du film au niveau national (les centres culturels, les bibliothèques, etc.) et international surtout dans les milieux académiques et autres. Par ailleurs, je n’ai pas de contact dans le milieu culturel haïtien très fermé. En effet, j'ai eu plusieurs projections itinérantes et cela m'a fait d'autant plus plaisir de voir que j'ai fait voyager certains spectateurs vers leur enfance, leur adolescence. Ce documentaire avec une portée anthropologique et sociologique fortes, est beaucoup apprécié parce qu'il représente pour le public un témoignage vivant. À travers leurs commentaires, j'ai pu comprendre à quel point ils ont été touchés, et à quel point j'ai touché un autre grand intérêt, celui des jeux qui baignaient leur enfance. Maintenant, nous ne jouons presque plus. L’insécurité pathologique, l’absence des infrastructures de loisirs à travers le pays, la disparition des espaces de production et / ou de créations de jeux traditionnels et de pratiques ludiques poussent à comprendre le rapport des familles, des enfants, des jeunes et des vieux avec elles, et dans la société hyperconnectée d’aujourd’hui.

J'encourage aux Haïtiens de visionnaire le documentaire pour les sensibiliser sur l'importance des jeux traditionnels qui représentent un patrimoine immatériel et matériel à valoriser, à conserver et à partager de génération en génération. Si une personne veut visionner la bande-annonce, elle peut taper dans la barre de tâche de Google : https://vimeo.com/47930418

Walner Olivier :Avez-vous d’autres projets ?
TéophiloJarbath:Oui, j’ai d’autres projets cinématographiques, scientifiques qui portent sur les jeux traditionnels et les pratiques ludiques en Haïti et dans les Caraïbes, sur la souffrance animale, sur l’eau. Mais je continue de faire mes explorations…

Propos recueillis par:
Walner Olivier




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