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L'Anomalie, à travers « son » propre regard

L'Anomalie, à travers « son » propre regard



Hervé Le Tellier, mathématicien de formation, écrivain français publie en 2020 aux éditions Gallimard, L’Anomalie, un puissant roman qui lui vaut le prix Goncourt 2020 et qui, comme mentionné en quatrième de couverture de l’ouvrage, « explore cette part de nous-mêmes qui nous échappe. »

Un roman braid updo style

Des histoires détachées. Des univers et personnages très différents les uns des autres. D’un chapitre à l’autre, le genre change. Une marinade de roman noir, psychologique, sentimental, intimiste, science-fiction…

L’Anomalie s’ouvre sur l’histoire d’un tueur à gages, Blake, qui dans le plus grand secret, exécute des commandes. Mais Blake n’est pas que tueur professionnel. Il a une double identité : Blake qui aime cuisiner et qui a une kyrielle de noms, de passeports pour mener à bien ses meurtres, Blake qui ne s’appelle pas tout à fait Blake mais de préférence Lipowski, Farsati, ou Martin, œuvre au grand jour dans l’un de ces quartiers parisiens dans lequel il ouvre une jolie entreprise de livraison à domicile de plats cuisinés végétariens sous le nom de Jo.

Comme par une sorte de trébuchement, on fait la rencontre de Victor Miesel dans le second chapitre. Victor est écrivain. Pas auréolé de succès. Auteur des romans Les montagnes viendront nous trouver et Des échecs qui ont raté, c’est surtout de la traduction qu’il tire ses revenus. Victor n’est pas moins « un homme réussi » sur le plan sentimental. Au retour à Paris d’un voyage de New York, Victor entreprend d’écrire un septième livre intitulé L’Anomalie. Mais, ce sera une œuvre posthume parce qu’à la fin du chapitre, « Victor Miesel, tombe ou se jette d’un balcon ». On est le 22 avril 2021.

Le ton du livre est donné. Se succèdent ainsi d’autres fragments d’histoire, toujours aussi éloignés dans le genre et dans la réalité qu’ils racontent les uns des autres.

André Vannier et Lucie Bogaert se rencontrent, vivent une grande idylle qui ne tardera pas à devenir étouffante, trop envahissante pour Lucie qui veut mettre un terme à la relation. André est accablé, écrasé même. Pitoyable.

À New York, au Mount Sinai Hospital, un homme meurt. Il s’appelle David. Moins d’un mois de cela, son frère, Paul, oncologue, était venu lui annoncer la nouvelle de sa tumeur maligne, cancéreuse qui avait gagné, outre ses vaisseaux sanguins et ganglions voisins, son foie et son intestin grêle et qui lui laissait très peu de chances de survie.

On continue notre périple sous la houlette d’Hervé Le Tellier qui nous mène dans la maison des Kleffman, toujours à New York, pour découvrir le lieutenant Clark, père de famille qui contient pleines de grossièretés dans sa poche et qui n’en a que faire de la présence des enfants lorsqu’il émet ses propos obscènes sous le toit familial ; Avril, la mère conciliante qui essaie de tempérer son mari ; Sophia, la petite fille innocente qui pleurniche pour sa grenouille, Betty. À Philadelphie pour découvrir Joanna Wassermann, jeune avocate bourrée de motivation par rapport à ses origines modestes, lauréate de sa promotion de Standford, qui va, de par ces compétences, défendre la compagnie Valdeo que l’on poursuit en justice à cause d’une molécule, l’heptachloran, qu’elle a développée dans les années 2000. Ou bien encore sur le continent noir, à Lagos, Nigeria, dans l’agitation qui entoure Slimboy, pop star, homosexuel, qui connait un succès fulgurant avec Yaba Girls, sa chanson qui cantonne plus d’un milliard de vues sur YouTube en quelques semaines.

On se rend compte que finalement, il y a un dénominateur commun à tous ces personnages. Ils sont tous impliqués dans un vol turbulent, ou mieux, ils font partie des deux cent quarante-trois personnes présentes dans deux vols transatlantiques Paris-New York, copies conformes, mêmes passagers, même Boeing 787, même référence Air France 006 qui se séparent à cent six jours d’intervalle, le premier ayant eu lieu le 10 mars 2021 et le second le 24 juin 2021. Face à une telle « anomalie », le protocole 42 développé par Adrian Miller et Tina Wang est mis en branle. L’État américain tente par tous les moyens d’élucider le mystère entourant ce vol-jumeau. Il retient les passagers sous un hangar, fait des interviews avec eux, il les met face à eux-mêmes.

La question du double

La thématique du double n’est pas nouvelle en Littérature. On la retrouve dans Le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde ou encore dans Le double de Dostoïevski. Hervé Le Tellier, en plus de questionner la nature du monde dans lequel nous vivons (Une simulation informatique ?) va plus loin avec L’Anomalie pour jeter l’ancre dans les abysses sensibles du « soi-même ». Comment faire face, pas avec son clone, mais « soi-même », avec le même physique, le même état d’esprit, les mêmes pensées, la même mémoire, les mêmes souvenirs, les mêmes émotions, les mêmes sentiments, les mêmes amours… ? Comment « se départager » ? Comment « se regarder dans les yeux » ?

L’Anomalie est un livre à lire absolument si on veut s’amuser (beaucoup d’humour dans l’écriture de Le Tellier), retenir son souffle ou apprendre à se regarder d’un autre œil.

Cherlan-Miche Philippe




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