Le Prix littéraire FETKANN Maryse Condé honore deux écrivains haïtiens : Emmelie Prophète et Jean D’Amérique

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La 18e édition du prix littéraire FETKANN de la mémoire Maryse Condé 2021 a honoré deux écrivains haïtiens: Emmelie Prophète autrice du roman à succès « Les villages de Dieu » paru chez Mémoire d'Encrier en 2021 et le jeune poète Jean D'Amérique.

La cérémonie de remise du Prix littéraire FETKANN Maryse Condé 2021 s'est tenue au Café de Flore, le  mercredi 24 novembre 2021. À cette occasion, Maryse Condé, dont le prix littéraire porte le nom, a félicité les lauréats et a expliqué à quel point la littérature abolit les distances et rapproche les humains « Malheureusement, depuis quelques années je n’assiste plus à la remise des Prix FETKANN ! Maryse Condé. Mon corps, ma santé me l’interdisent. Croyez bien que je le regrette, car j’aimais ces rendez-vous au Café de Flore peuplé d’ombres si familières et ces moments de créativité et d’échanges. »

Cependant, je demeure présente parmi vous. J’écoute les discours. J’applaudis à tous les noms des lauréats. Car la littérature a ce pouvoir magique : elle abolit les distances et rapproche les humains. »

Lauréate du prix FETKANN de la mémoire, Emmelie Prophète dresse un portrait sans fard de la vie à Port-au-Prince où la violence, la drogue, l'alcool, le viol, la prostitution, la mort sont le lot quotidien de la jeunesse. Dans ce vaste chaos, une vie existe malgré tout. C'est un récit poignant plein de verve et de réalisme. Née à Port-au-Prince, Emmelie Prophète est romancière, poétesse et journaliste. Son premier roman « Le testament des solitudes » lui a valu le grand prix littéraire de l'Association des écrivains de langue française ( ADELF) ( 2009).

Les mots d’Emmelie Prophète, lus pendant la cérémonie au Café de Flore, traduisent de manière explicite l’état d’esprit de la romancière et sa lutte. « Jamais il n’a été aussi important de lutter contre l’oubli, les obscurantismes, les marches arrière dans un contexte de racisme décomplexé, de négationnisme et d’apologie du repli sur soi dans les espaces médiatiques. C’est sur l’oubli que les diffuseurs et soutiens de ces idéologies mortifères tablent. Il faut amplifier le partage de la vérité, dire le monde tel qu’il fut, tel qu’il est, comment des milliers d’hommes et de femmes ont, pendant plusieurs siècles, été esclavisés et comment ce crime a transformé des millions de destins.

Les livres nous racontent, racontent une époque pleine de hontes, mais aussi d’espoirs. Célia, le personnage principal de « Les Villages de Dieu » qui reçoit aujourd’hui le Prix Fètkann, Mémoire du Sud/Mémoire de l’humanité, raconte une ville de Port-au-Prince livrée à ses démons,  oubliée, objet de manipulations de consuls modernes, de responsables et de citoyens pas toujours au rendez-vous avec le devoir, mais aussi de gens qui n’ont pas dit leur dernier mot, qui refusent de capituler.

C’est bien de cela qu’il s’agira toujours, du refus de capituler quoiqu’il arrive. Entretenir, partager notre histoire, notre mémoire et regarder l’avenir droit dans les yeux ! »

Par ailleurs, le prix FETKANN de la poésie est attribué à Jean D'Amérique pour « Rapsodie rouge », Cheyne (2020) ( Devesset). Ce recueil dresse le portrait d'une femme debout, une combattante. Dans ces poèmes, la langue est manipulée, bousculée transfigurée. Elle devient une arme, une lampe pointée contre les désertions, les lâchetés. Une poésie comme geste politique. « Rhapsodie rouge nous rappelle de la plus belle des manières que la poésie a toute sa place dans le forum des voix citoyennes. Elle s'invite aux débats et aux révoltes et redonne à ceux-ci l'outil premier nécessaire et fondateur : une langue brûlante renouvelée ».

Rappelons que le prix littéraire FETKANN Maryse Condé est soutenu par la République française, L’UNESCO, l’Organisation internationale de la Francophonie et d'autres partenaires.

 

Schultz Laurent Junior

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