Le documentaire « 407 jou » d’Éléonore Coyette sacré meilleur court-métrage du Prix de la critique AQCC-Nespresso

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L’Association québécoise des critiques de cinéma (AQCC) a décerné, lors de la 27e édition du Festival de films Cinémania organisée, le 21 novembre 2021 à Montréal (Canada), le Prix de la critique AQCC-Nespresso du meilleur court-métrage à Éléonore Coyette pour son film « 407 jou ». Il s’agit d’un documentaire à travers lequel la réalisatrice dénonce l’injustice de la détention arbitraire en Haïti.

Des œuvres cinématographiques haïtiennes et celles étrangères réalisées sur Haïti ne cessent de briller dans le milieu audiovisuel étranger. Après le film « Freda » de Gessica Généus qui a raflé plusieurs distinctions, dont le Prix Étalon d’argent du FESPACO et celui du meilleur « son » à la 27e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Burkina Faso), c’est le tour du documentaire « 407 jou ».

Lors d’une cérémonie qui a eu lieu au Théâtre Outremont à Montréal, la réalisatrice belge Éléonore Coyette a remporté le Prix de la critique AQCC-Nespresso du meilleur court-métrage, a appris notre rédaction. « Pour avoir raconté dans des mots simples, mais poétiques, avec des couleurs chaudes qui permettent au spectateur une entrée intime dans la vie d’un homme et de sa marionnette dans sa recherche de justice et de rédemption, le jury remet le Prix de la critique AQCC-Nespresso du meilleur court-métrage à Éléonore Coyette », lit-on dans une note publiée sur la page Facebook du festival.  

Dans une interview accordée au quotidien Le National, la jeune réalisatrice Coyette n’a pas caché sa joie. Car, elle ne s’attendait pas à remporter l’une des prestigieuses distinctions de ce festival. « […] J’ai été contactée par l’organisation qui avait vu mon film dans un autre festival et souhaitait l’inclure aux 30 courts-métrages en compétition. J’étais déjà très heureuse que « 407 jou » voyage dans ce festival, mais je ne m’attendais pas du tout à ce que notre film reçoive un prix », déclare-t-elle, ajoutant que recevoir un tel prix est un encouragement pour toute l’équipe: Sephora Monteau à l’assistanat, Léonard Jean-Baptiste et Farid Sauvignon aux voix, Patrick Amazan à la prise de son, Pauline Lecarpentier à la création des marionnettes avec Lintho, de son vrai nom Paul Junior Casimir, et le Bureau des droits humains en Haïti (BDHH). C’est aussi une occasion de donner une portée internationale à un récit initialement personnel, d’injustice et de résistance.

Chacun a ses raisons de pratiquer l’art, disait Jean-Paul Sartre même si, pour lui, celui-ci est avant tout un acte d’engagement. Dans cette même lignée, le cinéma, par le biais d’une caméra, est un moyen par lequel on peut changer les regards des gens sur plusieurs sujets, dont la justice, estime Éléonore Coyette qui résume que le court-métrage « 407 jou » dénonce l’injustice de la détention arbitraire en Haïti. « La vie de Lintho se confond avec celle de ses marionnettes. Pantin d’une histoire qu’il n’a pas écrite, mais dont il fut le jouet, il fait se mouvoir pour conter avec grâce l’inhumanité des geôles haïtiennes », peut-on retenir dans le synopsis.

Certes, Éléonore Coyette est très jeune. Mais son histoire avec le cinéma ne date pas d’hier. En effet, depuis à l’âge de 13 ans, dit-elle, elle cherche à raconter des histoires en alliant le son et l’image. « À l’époque, je faisais des montages avec des photos, des dessins et j’ajoutais des voix et des musiques. Et c’est vraiment cette combinaison [du son et de l’image] qui m’a toujours attirée », se rappelle-t-elle.

Éléonore Coyette est une réalisatrice belge qui, depuis environ quatre ans, lutte pour un État de droit, une justice équitable, sans oublier son combat contre les violences sexuelles en Haïti. D’où vient son amour pour la première République noire ? « En septembre 2017, j’ai senti une urgence d’écrire. Je suis partie en Italie afin de participer à un KINO (un mouvement cinématographique international consistant à réaliser des films sans budget, dans un esprit d'entraide, non-compétitif et de liberté). C’était un lieu d’expression unique où tester des choses en toute liberté et sans pression. Cela m’a donné un élan et j’ai créé une série de six films expérimentaux de cinq minutes sur l’intériorité au féminin. L’un d’entre eux a été réalisé à Port-au-Prince avec la comédienne Anyès Noël ; il s’intitule : « Nomade ». J’ai passé trois ans à Port-au-Prince », répond-elle.

Réalisé en novembre 2019 et présenté en janvier 2020 à la Fondation Connaissance et Liberté (FOKAL) et au Centre d’art à Port-au-Prince, le documentaire « 407 jou » a remporté sept prix internationaux : le Prix du meilleur court-métrage ex aequo avec « Vanyan », un film de Raymond Samedy FIFAC en Guyane ; le Prix du Jury au Festival St-Louis Docs au Sénégal ; le Prix UCA au Festival Traces de Vies à Clermont-Ferrand ; le Prix du meilleur court-métrage et le Prix Médias au Festival Nouveaux Regards en Guadeloupe ; le Prix du Public au Festival Interférences de Lyon et le Prix du meilleur court-métrage à Montréal. En décembre prochain, la réalisatrice confirme qu’il sera en projection à Kigali (Rwanda), à New York (USA) et à Buenos Aires (Argentine).     

Éléonore Coyette est une réalisatrice très prolifique. Parmi ses principales productions audiovisuelles, on retient : « Wild. Cosmos », « Enigmatico » et « Ce qu’il me reste de vous », trois courts-métrages expérimentaux de cinq minutes réalisés en Italie. Encore existe-il « Danser jusqu’à saigner le ciel », un court-métrage de neuf minutes réalisé à Beaumont (Grand’Anse d’Haïti) avec l’autrice et comédienne Darline Gilles dans le cadre du festival 4 chemins, et « 3 Fèy (trois feuilles) », un court-métrage de 27 minutes, co-réalisé avec Sephora Monteau, par lequel elle dénonce le viol, la violence conjugale et l’inceste.

Née en Belgique, Mme Coyette a fait des études de réalisation cinéma-télévision-radio avec un master en captation multicaméras. Elle s’est spécialisée dans le « format court », portraits, aftermovies, court-métrage, clips et teasers. Après avoir travaillé dans la sphère militante puis dans milieu musical, elle se focalise, depuis trois ans, sur le court-métrage.

 

Wilner Jean

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