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Antidémocratisation électorale en Haïti

Antidémocratisation électorale en Haïti



Le suffrage universel, ou par commodité institutionnelle, l’entreprise électoraliste, est fille légitime de la démocratie. Mais assez souvent cette entreprise peut s’avérer antidémocratique dans son mode opératoire et sa finalité; lorsque ceux-ci s’écartent des exigences politiques, éthico-organisationnelles, préconisées par la souveraineté démocratique. On devine par analogie le verdict des résultats. Une telle dérogation contribue à faire mentir les promesses de la démocratie et compromettre parallèlement les espérances légitimes de bien-être des peuples foncièrement dépendants d’un tel processus.

On comprend aisément que l’on entre dans la sphère de L’antidémocratisation électorale, lorsque les principes démocratiques garantissant la bonne tenue des élections ne sont pas respectés. Les clauses éthiques, qui modélisent les délais raisonnables indispensables à l’interaction contractuelle constructive, entre candidats et votants deviennent aléatoires. La bourse (le marché) électorale qui les officialise et les densifie de manière temporelle, programmatique, via les campagnes électorales, s’avère inopérante, improbable. En raison, entre autres, de l’impréparation démocratique des infrastructures opérationnelles, de la méfiance en ce qui concerne l’éthique des responsabilités des acteurs électoraux, de la fragilité conjoncturelle de l’environnement sociopolitique et institutionnel. Cette interconnexion d'appareillage défaillant est déductivement symptomatique d’une finalité ‘’boiteuse’’, contre-productive, voire stérile. Les défenseurs nationaux et internationaux de la démocratie et des élections constructives, transparentes, fiables et équitables s’en sont toujours alarmés. À la Tribune des instances internationales et aussi locales, ils font entendre leurs voix de ‘’Virgile’’ et proposent des perspectives objectives de remédiation. Par respect pour la souveraineté supranationale de la démocratie et en raison du rôle fondamental que jouent les élections socialement structurantes, inclusives dans la stabilité sociale, politique, économique d’un État. La problématique électorale haïtienne actuelle s’identifie sans ambiguïté à un tel décor antidémocratique.

À l’évidence, en démocratie, on n’est pas automatiquement élu. Mais on s’est fait élire. Tant s’en faut, ce ‘’se faire élire’’ n’a rien d’une démarche routinière simple et aléatoire du ‘’se faire représenter’’ que la démocratie représentative formalise de manière institutionnelle et factuelle. Une telle opération contractuelle engage le quotidien de tout un peuple et influence lourdement et significativement la pesanteur de sa destinée.

Il y en a de ces rendez-vous électoraux à ne pas rater. À ne pas aborder avec légèreté, encore moins avec naïveté. Absolument, des conjectures sociopolitiques et historiques majeures l’exigent davantage qu’à l’accoutumée. Ces évènements ou rendez-vous souverains hors du commun (dans de tels contextes) doivent être institutionnellement préparés de manière renforcée. Avec rigueur, éthique professionnelle soutenue et responsabilité étatique quasi infaillible. Lorsqu’ils traduisent ce que l’on peut appeler commodément, ‘’élections de ras-le-bol’’, le peuple doit absolument se mobiliser en nombre imposant pour prendre en main son destin. Dire oui! Massivement à un changement de gouvernance étatique imposé par le contexte sociopolitique de l’heure ! Plus près de nous, Les États-Unis viennent de montrer l’exemple!

Haïti se trouve aujourd’hui à ce carrefour électoral historique de ‘’ras-le-bol’’. Le peuple haïtien doit prendre en main son destin. Il ne doit plus se conduire comme un mouton de Panurge que l’on mène à l’abattoir. Il lui appartient de changer le cours de sa destinée par son vote démocratique. Cependant, beaucoup de signaux alarmistes semblent prouver que les conditions démocratiques favorables à la tenue de bonnes élections ne sont pas encore réunies! Les principes démocratiques fondamentaux régissant la mise sur pied de l’institution électorale chargée d’organiser les élections prochaines n’ont pas été respectés. Contrairement au vœu de la Constitution haïtienne en vigueur, la composition du CEP a été créée de manière arbitraire. Il en a été de même au regard des prestations légales de ses membres devant avoir lieu par-devant la Cour de cassation. Le respect des consensus démocratiques préconisant le pluralisme des secteurs et acteurs clés de la vie sociale et politique n’ont pas été non plus pris en compte. Ainsi, au lieu d’être au sens démocratique, ‘’pluritairement constructive et inspirante’’, la composition du CEP est plutôt ‘’unitairement’’ handicapante et contreproductive. Ce handicap démocratique majeur est en train d’affecter systématiquement la neutralité des opérateurs électoraux, la crédibilité du processus, la fiabilité de ses résultats.
La thèse d’illégitimité constitutionnelle du président Jovenel moise en raison de la fin constitutionnelle de son mandat, le 7 février 2021, conformément à l’article 134-2 de la constitution haïtienne pose un sacré malaise de conformité institutionnelle : A t- il la légitimité et la légalité constitutionnelles adéquates pour engager et organiser de telles élections? Aux yeux de tous les acteurs de la société civile, des hommes de droit, des membres de l’opposition politique, la réponse est non. Ils conviennent que la destinée d’un peuple au regard de l’alternance démocratique se joue de manière significative par rapport à son choix électoral.

La vigilance politique et l’engagement citoyen doivent être alors de mise. À l’inverse, on s’engouffre inévitablement dans des élections frauduleuses, insignifiantes, en permanence conflictuelle. Inutilement couteuses, susceptibles de n’apporter aucun changement pertinent, aucune valeur ajoutée aux attentes et aspirations légitimes des citoyens.

Aux défaillances démocratiques institutionnelles, s’ajoutent les conjectures sociosécuritaires illustrant entre autres, une telle projection d’improbabilité. La prolifération des gangs et des quartiers de non-droits, le phénomène exponentiel, ‘’exubérant’’ du kidnapping, l’éclatement et l’autoaffrontement des différentes unités de la police nationale décryptent un environnement monstrueux échappant au contrôle systématique des autorités étatiques. Les suspicions tandencieuses de fraudes à partir des logiciels électoraux sont mises en avant en raison d’une implication trop politicienne des responsables étatiques auprès de la firme allemande(Dermalogue) chargée de fabriquer les logiciels en lien avec l’émission des cartes électorales. L’opposition politique et l’ensemble des secteurs vitaux de la vie nationale en appellent à un boycott systématique de ce prochain scrutin antidémocratique. Les aveux controversés du président Jovenel arguant que personne ne pourra remporter ces prochaines élections contre son camp n’atténuent pas les incertitudes. Le spectre de la non-transparence, du manque de fiabilité et d’équité politique devient de plus en plus préoccupant.

En effet, les acteurs politiques haïtiens et internationaux doivent convenir que les élections haïtiennes, en particulier, celles des présidentielles n’aboutissent depuis plus d’une trentaine années à aucun progrès sociétal pertinent. À l’exception du président René Préval, aucun candidat n’est parvenu à exercer l’entièreté de son mandat. Ces elections coûteuses n’apportent qu’instabilité politique, crise sociale aiguë, augmentation de la pauvreté, la faillite des élites, politiques, économiques, intellectuelles. Il faudrait absolument creuser les paradigmes! On fait ainsi trop mentir les promesses de la démocratie, corrélativement la mission démocratique de corégulation éthique supranationale de la communauté internationale. Les droits démocratiques inaliénables des peuples de choisir librement leurs
représentants sont compromis, au même titre que leurs aspirations citoyennes à la jouissance pleine et entière de leurs droits civiques et sociaux.

Un autre paradigme semble s’imposer au niveau des mécanismes organisationnels des élections en Haïti. L’interface et l’interférence internationales mériteraient d’être démocratiquement mieux avisées, nuancées et plus réalistes. La passivité des électeurs haïtiens mieux encadrée et transcendée par l’évidence de l’échec politique récurrent et la nécessité d’un changement prometteur! Un tel contexte les oblige à ne pas condamner la fin de leur vie, hypothéquer l’avenir de leurs enfants et du pays tout entier au prix du rachat de leur vote(1000ges, le prix). Le vote c’est l’occasion que leur octroie la démocratie afin de jouir pleinement des prérogatives que leur accorde le principe d’autodétermination, spécifiquement, celle les autorisant à choisir des représentants capables de transformer leur vie, celle de leurs enfants et de leurs concitoyens au travers des décisions politiques responsables, stratégiques, pertinentes et efficaces.

Nos leaders politiques devront être plus enclins à la recherche de l’équilibre unitaire victorieux, ‘’têt ansanm’’, porteur d’un projet sociopolitique novateur, loin des querelles idéologiques et de velléités d’egopresidentialiste contre-productives.

Le nouveau paradigme politique doit consister en une refondation de la politique sur les bases de son ontologie constructive en matière d’organisation sociale, de progrès individuel et collectif, d’espérances légitimes civiques et économiques. Au niveau présidentialiste, un changement de registre s’avère important. Cela doit commencer tant au niveau du référentiel de la personnalité, du profil éthique et de compétences, de celui ou celle appelé(e) à occuper ce poste. Autant par rapport à l’orientation des choix à effectuer par celles et ceux devant le ou la choisir au regard d’une telle finalité.

La communauté internationale par rapport à son changement de paradigme indispensable, devra admettre aussi que la démocratie au rabais ne peut conduire qu’à des gâchis ou échecs économiques, politiques, institutionnels du point de vue national, géopolitique, voire transnational. Les dirigeants qui ne sont pas la hauteur de leur mission, sans scrupules, corrompus, constituent un frein au bien-être de leur peuple, et au développement systémique durable. Ils sont un danger pour la démocratie, la prospérité de leurs citoyens et une honte géopolitique pour leur région. On devra durablement se le rappeler, les mêmes paradigmes et les conditions électorales haïtiennes conduiront aux mêmes résultats sociopolitiques et géopolitiques catastrophiques. Bientôt! En 5 ans!

Il nous incombe de relever ce défi au nom de l’humanité créatrice qui nous habite et des perspectives prometteuses de la démocratie et de la mondialisation qui nous permettent de continuer d’espérer. Osons-nous affronter ensemble ce grand pari. Soyons optimistes de pouvoir solidairement le remporter.

Que Dieu bénisse Haïti!

Bellevue Roosevelt, ex-ministre haïtien des Affaires sociales et du Travail, PhD




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