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Position des étudiants et chercheurs haïtiens au Brésil sur la crise politique haïtienne

Position des étudiants et chercheurs haïtiens au Brésil sur la crise politique haïtienne



Depuis quelques années, nous observons que la situation sociopolitique du pays ne cesse de se dégrader et la population ne sait à quel saint se vouer. De l’année dernière à aujourd’hui, l’exploration du bas-fond interpelle tout un chacun. C’est dans cette logique que s'inscrit la présente note dans laquelle nous nous positionnons face à la crise actuelle qui risque d'anéantir la démocratie haïtienne.

Bénéficiant de 55,6% des votes équivalant à 590 927 voix lors du scrutin controversé de 2016 où le taux de participation n'a pas dépassé les 20% d’un électorat d’environ 6 millions électeurs, Jovenel Moïse a été investi, le 7 février 2017, comme 58e Président de la République d'Haïti. En dépit de son impopularité, alors que le président, qui devrait se comporter en rassembleur pour raffermir sa légitimité, dès son arrivée au pouvoir, a démontré sa volonté de personnaliser et d’instrumentaliser les institutions étatiques pour faire asseoir son projet autoritaire. Convaincu du rôle de l’appareil judiciaire pour l’exécution de son projet, le 13 décembre 2017, à Paris, le président Jovenel Moïse se vantait d’avoir nommé 50 juges corrompus. En 2020, le peuple haïtien allait voir matérialisé le projet autoritaire de Jovenel Moïse quand à travers d’un tweet, il a rendu dysfonctionnel le pouvoir législatif. Et, depuis lors, il dirige par décrets tout en plongeant le pays dans l’une des plus grandes crises politique et sociale de son histoire démocratique.

Depuis l’année 2017, une bonne partie de la population haïtienne se manifeste pour exiger, non seulement la réalisation du procès Petrocaribe, mais aussi le départ dudit Président qui lui-même serait impliqué dans la dilapidation des fonds de Petrocaribe. Pourtant, soutenu par l’administration de Donald Trump, Jovenel Moïse arrive à rester au pouvoir et, au fur et à mesure, il dévoile son autoritarisme. La violence policière s'intensifie à l'égard de ceux et celles qui protestent contre la misère, le kidnapping, la corruption et pour le respect des droits humains en Haïti. Sous la recommandation du gouvernement de PHTK et par l’approbation du représentant de l’ONU en Haïti, les gangs armés se regroupent en association, en conséquence, les cas de kidnapping et d'assassinats se multiplient sous le regard passif des autorités policières et judiciaires.

Le 7 février 2021, une autre page s’est ouverte dans la crise politique haïtienne avec la fin du mandat constitutionnel du Président Jovenel Moïse. Cependant, le Président qui n’a pas procédé à la réalisation des élections au cours de l’année dernière refuse de laisser le pouvoir en dépit des exigences venant de la quasi-totalité des secteurs politiques et de la société civile pour qu’il respecte la date de son départ. Qui plus est, grâce au soutien des États-Unis d’Amérique, de l’OEA, de l’ONU, du CORE Group, des gangs armés (G9 en famille et alliés), de l'oligarchie économique et une partie de « l'intelligentsia » haïtienne, Jovenel Moïse a décidé non seulement d’y rester, mais aussi d’enfoncer le pays dans une dictature.

Dans une manoeuvre politique maladroite, Jovenel Moïse et son gouvernement ont dénoncé une « tentative de coup d’État » et d’assassinat contre le Président de la République. Sur ce prétexte, au moins 23 personnes ont été arrêtées dans la matinée du 7 février, parmi lesquelles, un juge de la Cour de cassation, la plus haute instance judiciaire du pays. Le 8 février, le juge arrêté et deux autres de ladite Cour ont été arbitrairement mis en retraite par un Décret présidentiel, pour avoir été indiqué comme possible remplaçant intérimaire de Jovenel Moïse à la tête du pays. Toutefois, l’opinion publique reste divisée autour de la date d’expiration du mandat de Jovenel Moïse. Une partie significative estime que son mandat ait terminé depuis le 7 février 2021, évoquant l’article 134-2 de la Constitution de 1987 amendée qui postule que le mandat du Président expire à la fin de la 5eme année de son élection. Dans ce cas, 2016 était l’année de son élection. De l’autre côté, en appuyant sur l’article 134-1 de ladite Constitution disposant que la durée du mandat présidentiel est de 5 ans et s’initie à partir de l’investiture du président, M. Jovenel Moïse – qui a prêté serment le 7 février 2017 – et ses partisans estiment que son mandat prendra fin le 7 février 2022.

Que disent ces deux articles? Il est écrit dans l’article 134-1 de la Constitution de 1987 amendée que : « La durée du mandat présidentiel est de cinq (5) ans. Cette période commence et se termine le 7 février suivant la date des élections ». L’article 134-2, pour sa part, stipule que: « L’élection présidentielle a lieu le dernier dimanche d’octobre de la cinquième année du mandat présidentiel. Le président élu entre en fonction le 7 février suivant la date de son élection. Au cas où le scrutin ne peut avoir lieu avant le 7 février, le président élu entre en fonction immédiatement après la validation du scrutin et son mandat est censé avoir commencé le 7 février de l’année de l'élection ». Alors, il est évident que l’article 134-2 constitue une mesure dérogatoire au principe posé à l’article 134-1 et qui peut s’appliquer uniquement dans des circonstances spéciales occasionnées par la non-tenue des élections présidentielles comme prévu par la Constitution. Dans ce sens, les élections présidentielles qui n’ont pas été réalisées au cours de la dernière année du gouvernement de Michel Martelly ont fait du mandat de Jovenel Moïse un cas spécial, comme prévu par l’article 134-2.

Mais, la façon dont les hommes au pouvoir sont en train de gérer cette crise créée par ce vide institutionnel risque d’enfoncer le clou. Le président Jovenel Moïse appelle au respect de la démocratie. Quelle démocratie? Une démocratie dans laquelle il n'y a que 11 élus (10 sénateurs et le président lui-même)? Une démocratie dans laquelle les maires de différentes communes du pays ont été remplacés par des agents intérimaires? Une démocratie dans laquelle le président lui-même se dit être Après-Dieu? Une démocratie dans laquelle des gangs armés massacrent des gens dans les quartiers populaires? Une démocratie dans laquelle les autorités policières font des répressions contre les étudiant.e.s, les écoliers et écolières, les médecins et tous ceux et celles qui protestent contre le kidnapping et qui réclament une meilleure condition de vie? Le pays peut-il être dirigé exclusivement par la violence, violentant toutes les règles démocratiques pour faire respecter la « démocratie jovenelienne»?

Sous la gouvernance de Jovenel Moïse, naisse une expression qui synthétise la violence généralisée et la violation systématique des droits humains en Haïti « Dire la vi moun ann Ayiti se 24e renouvlab » – La durée de vie en Haïti est de 24 heures renouvelables – . Presque tous les haïtien.ne.s sont d’accord que la situation actuelle d’Haïti est insupportable, sauf les membres du gouvernement, les gangs armés, une partie de l’élite économique, politique et intellectuelle ainsi que la dénommée « Communauté Internationale » qui font croire que la démocratie est en bonne santé en Haïti.

Même si le mandat du président Jovenel Moïse n’arrivait pas à sa fin, la situation dans laquelle se trouve le pays devrait l'interpeller en tant que chef d’État. Malheureusement, il préfère recourir à toute sorte de violence pour maintenir son pouvoir. Mais, Jovenel Moïse et ses partisans ont oublié qu’un pouvoir qui se base uniquement sur la violence est très fragile et insoutenable. De plus, l’histoire nous montre que la violence, quelle que soit son intensité n’est jamais suffisante pour maintenir un régime au pouvoir. La révolution haïtienne contre l’esclavagisation, la chute de la dictature des Duvaliers sont des preuves tangibles que nous pouvons tirer de notre propre histoire. En ce sens, c’est une très mauvaise décision de croire qu’avec la violence et le soutien de la communauté internationale on peut garder le pouvoir en Haïti.

Pourquoi nos compatriotes continuent-ils à croire aux promesses de la dite communauté? Il faut souligner que : le racisme de la communauté internationale n’a jamais été voilé; la volonté de coloniser les haïtien.ne.s se manifeste constamment dans le rêve américain; le rôle néocolonialiste joué par l’ONU et par l’OEA en Haïti s’exprime clairement depuis toujours, d’ailleurs, nous savons très bien leur part de responsabilité dans la crise pérenne qui enfonce la République d’Haïti, la fierté du peuple noir dans l’abîme.

Il est temps que les haïtien.ne.s prennent le destin du pays en main tout en rompant avec le projet néocolonial fabriqué par la communauté internationale – l’ONU, l’OEA, le CORE Group, etc. – de concert avec une partie de l’élite politique et économique haïtienne, soutenu par des intellectuel.le.s haïtien.ne.s et exécuté consciemment par nos politiciens.

Actuellement, Jovenel Moïse et son gouvernement pensent qu’ils sont « tout-puissants », qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent, violer la constitution et continuer à piétiner les droits humains. Une telle attitude ne fait qu'aggraver la crise politique haïtienne.

Nous, étudiants et chercheurs haïtiens au Brésil, signataires de cette note, exprimons notre préoccupation face à cette crise que connaît notre pays et appelons:

i) Monsieur Jovenel Moïse, dont son mandat est arrivé à terme depuis le 07 février dernier, de se rétracter et de respecter la Constitution, dont il a juré de respecter et de faire respecter, un président à lui seul, sans aucun consensus, ne peut pas décider de changer la constitution d’un pays, révoquer et nommer les membres dans toutes les institutions, au mépris total de la Constitution et les lois républicaines;

ii) la population en général et les citoyen.ne.s avisé.e.s en particulier à la vigilance et à l'engagement afin de contrer toute velléité dictatoriale, d’où elle vient;

iii) la classe politique, “l’élite intellectuelle” et les différents acteurs socioéconomiques à un dialogue interhaïtien dans le but de trouver une porte de sortie de la crise actuelle et tracer ensemble la voie à suivre pour une Haïti prospère où tous/toutes citoyen.ne.s pourront y vivre dans la dignité.

Non à la dictature! Non au projet néo-colonialiste et raciste de la communauté internationale! Vive une Haïti démocratique et indépendante!

Signatures :
Frantz Rousseau DÉUS (Doctorant en Sociologie) – Université d’État de Campinas (UNICAMP) – São Paulo/ Brésil.

Dieumettre JEAN (Doctorant en Études Littéraires) – Université d’État Paulista (UNESP) - São Paulo/Brésil.

Ismane DESROSIERS (Doctorant en Géographie) – Université de São Paulo (USP) – São Paulo/ Brésil.

Guerby SAINTE (Doctorant en Géographie) – Université d’État de Campinas (UNICAMP) – São Paulo/ Brésil.

Ralph CHARLES (Doctorant en Géographie) – Université d’État de Campinas (UNICAMP) – São Paulo/ Brésil.

Joseph Enock Placide (Doctorant en Sociologie) – Université d’État de Campinas (UNICAMP) – São Paulo/ Brésil.

Lanousse PETIOTE (Docteur – chercheur en Chimie) Université d’État de Campinas (UNICAMP) -São Paulo/ Brésil).

Berno LOGIS (Doctorant en Histoire) – Université d'État Paulista (UNESP) – São Paulo/Brésil

Tomy FELIXON (Maîtrise en Mathématiques Appliquées) – Université d’État de Campinas (UNICAMP) – São Paulo/Brésil.

Jean Renel FRANÇOIS (Doctorant en Mathématiques appliquées) – Université d’État de Campinas (UNICAMP) – São Paulo/Brésil.

Sanel CHARLOTIN (Maîtrise en Relations internationales) – Université Fédérale de l'Intégration Latino-Américaine (UNILA) – Paraná/Brésil.

Sudly Amonsen Raphaël SAINTIL (Licence en Lettres Portugaises) – Université d’État de Campinas (UNICAMP)- São Paulo/Brésil.

Roberson JACQUES (Bachelier en Administration Publique et Politiques Publiques) – Université Fédérale de l'Intégration Latino-Américaine (UNILA) - Paraná/Brésil.


* Contact: f123758@dac.unicamp.br




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