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Doit-on toujours appeler Haïti « la Perle des Antilles » ?

Doit-on toujours appeler Haïti « la Perle des Antilles » ?



En plein 21e siècle, les Haïtiens sont nombreux à traiter et considérer Haïti comme la « Perle des Antilles ». Les politiciens, les journalistes et même les intellectuels du pays en parlent. Dans certains de nos chansons et poèmes, les artistes ne manquent jamais l’occasion de clamer Haïti comme telle. Aujourd’hui encore, ce terme est gravé sur les plaques d’immatriculation de nos automobiles en guise de fierté historique. Barbarisme d’État ? Qui sait ? Ces Haïtiens, ont-ils utilisé ce terme par ignorance où ont-ils fait exprès de se mettre au service de cette caste esclavagiste qu’est (était) la France ?

La locution « perle des Antilles » dont l’usage devient outré dans le pays a été inventée à Saint-Domingue (ancien nom d’Haïti à l’époque coloniale) par des colons français aux yeux desquels cette colonie fut une perle rare, vu qu’elle a été la plus riche colonie de sa métropole qui était la France. Du coup, se basant sur l’origine et le contexte historique de cette appellation colonialiste, vaut-il la peine que les Haïtiens appellent toujours leur partie la « Perle des Antilles » ? Analysons.

Petit rappel historique

Après le débarquement de Christophe Colomb et de ses troupes sur l’île le 5 décembre 1492, Quisqueya (ou Bohio) devint Hispagnola. Suite au traité de Ryswick signé entre les Espagnols et les Français en 1697, l’île fut séparée en deux parties : L’Espagne obtint la partie orientale et la France la partie occidentale et changea son nom en Saint-Domaingue. Depuis lors, ce petit bout de territoire devint le bastion de toutes les misères humaines du monde.

Les noirs kidnappés d’Afrique par les esclavagistes français s’étaient vus forcés de labourer jour et nuit les terres fertiles de l’île au profit de leur métropole qui était la France. C’est ainsi que cette colonie fut devenue la plus grande puissance sucrière du monde. Selon les chiffres, elle produisait à elle seule la moitié du sucre mondial. D’où l’origine de l’allocation de « Perle des Antilles » qui lui a été attribuée.

Haïti n’a jamais été la perle des Antilles pour les Haïtiens

Affirmons-le d’emblée, si effectivement Saint-Domingue a été la perle des Antilles comme les anciens colons français le clamèrent, il ne l’a jamais été pour les esclaves. Au cours de la dernière moitié du 18e siècle où l’appellation perle des Antilles a été attribuée à la colonie, si la richesse de la France était reposée principalement sur les bénéfices qu’elle avait perçus sur l’exploitation sucrière vers le monde, cette forte productivité reposait sur les travaux infra humains dont étaient victimes les noirs kidnappés d’Afrique (les bossales) et ceux-là qui sont nés dans la colonie (les créoles).

C’était donc une exploitation éhontée où les bourreaux coloniaux martyrisaient aussi bien l’esprit que le corps des esclaves. La bible dans la main gauche et le fouet dans la main droite, telle a été la pratique quotidienne d’alors. De fait, si la colonie de Saint-Domingue productrice de grande richesse économique était la « perle des Antilles » elle l’a été que pour les colons français et leurs descendants qui sont encore les bénéficiaires, et non les esclaves sur le dos desquels toutes ces richesses étaient reposées.

Doit-on toujours appeler Haïti « la Perle des Antilles ?

Quiconque oublie son histoire est condamné à la revivre. Que cet oubli soit partiel ou total. Le passé historique de ceux-là qui ont vécu avant nous doit servir de leçon à toutes les générations futures afin que les mêmes erreurs d’avant ne se reproduisent plus sur quelque forme que ce soit. Alors, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, un peuple noir qui s’est battu corps et âme pour me plus être la « perle des Antilles » de sa métropole blanche est, après plus de deux cent ans d’indépendance, continue à s’être appelé ainsi, comme s’il n’y avait pas un contexte historique à considérer. Le fait de continuer à appeler Haïti d’une pareille façon n’est pas en quelque sorte une manière de remettre en question

Néanmoins, il arrive parfois qu’un terme change de sens et de définition à travers le temps et l’espace. C’est d’ailleurs à cet égard que le président Dumarsais Estimé avait baptisé Haïti : « La perle des Antilles ». Ce n’était point pour faire allusion à l’esclavagisme barbare de la France pendant la période coloniale, mais plutôt dans le seul et unique but de changer l’image de la première république noire du monde afin qu’elle devienne l’un des pays les plus visités de la région pour ses sites touristiques et historiques.

Mais aujourd’hui encore, même à un point de vue tel on ne saurait appeler Haïti de pareille façon puisque nous sommes après plus de deux cents ans d’indépendance à la queue des nations caribéennes en terme de développements économique, culturel, politique, social et même au point de vue humanitaire. Alors, cessons d’être hypocrites. Arrêtons d’enchérir un titre qui n’a jamais été le nôtre. Quand cette nation a été la « perle des Antilles », les Haïtiens n’ont pas été les bénéficiaires. Si aujourd’hui nous voulons que nous le soyons de force, c’est le pays qu’il faut reconstruire. Faisons de lui une nation descente, un pays vivable comme ceux de nos voisins de la Caraïbe.

Jim Larose




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