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Le rôle de l’opposition politique dans un État démocratique. Regard critique sur Haïti

Le rôle de l’opposition politique dans un État démocratique. Regard critique sur Haïti



Dans les sociétés démocratiques, détenir le pouvoir politique n’offre pas du coup une autorité sans bornes. Pour éviter à ceux/celles qui détiennent le pouvoir politique d’en disposer selon leur propre fantasme ou de s’installer dans l’arbitraire, un contre-pouvoir a été institué. Ce contre-pouvoir, communément appelé « opposition politique », est constitué généralement des partis politiques n’appartenant pas à la majorité et s’y opposant. En ce sens, le rôle de cet organe consiste non pas dans la quête du pouvoir, mais à priori, à escorter une bonne gouvernance. Vu son importance, certains pays ont même conféré un véritable statut à l’opposition, comme la Grande-Bretagne ayant érigé la fonction de chef de l’opposition en fonction officielle (Sa Majesté), à la tête d’un cabinet fantôme (shadow cabinet). Mais, qu’en est-il d’Haïti ?

En Haïti, depuis l’adoption de la démocratie comme régime politique sous l’obédience des USA, une opposition politique a été progressivement constituée jusqu’à devenir un instrument de contrôle, surtout de conquête de pouvoir. Étant mal envisagée et organisée, elle demeure jusqu’à nos jours une certaine opposition par tâtonnement ciblée d’une méfiance populaire : perçue comme un réceptacle de mercenaires et surtout, une stratégie de prise de pouvoir. Joint à cela, en quoi consiste l’opposition politique dans un État démocratique ? Où est-ce qu’on en est en Haïti ?

À noter que cet article n’a pas pour ambition de faire une étude exhaustive autour de l’opposition politique, mais d’expliciter généralement son rôle en tant qu’institution dans une société démocratique et d’en faire, de manière particulière, une analyse critique en Haïti, surtout, au cours de la présidence de Jovenel Moïse.

Les fonctions de l’opposition politique dans une société démocratique

Immense et crucial que soit son travail dans l’entreprise démocratique, de manière générale, les fonctions de l’opposition politique sont définies par trois (3) infinitifs : contrôler, critiquer et proposer. Comme constaté, ces fonctions sont interconnectées, liées via une logique systémique et progressive. Elle contrôle d’abord l’action et les visions gouvernementales ; ensuite, elle critique la mauvaise gouvernance et, prétendant au pouvoir, elle propose de nouvelles alternatives, enfin. C’est à cette tridimensionnelle qu’on reconnaît l’opposition politique. Dans ce cas, elle a pour rôle d’éclairer le peuple, prendre en charge et juguler la contestation en vue d’une légitimation et d’une perpétuation des valeurs démocratiques (Léopold Donfack Sokeng, 2003).

En effet, en plus d’être un contre-pouvoir, l’opposition incarne aussi la possibilité d’une alternance et participe à l’existence du pluralisme au sein de l’arène politique, tout en permettant également de renouveler le personnel politique. Vu son importance, elle serait un rouage indispensable au bon fonctionnement de la démocratie. Aucun pouvoir ne saurait s’efforcer de comprimer la contestation dont elle poursuit. Au contraire, on doit l’utiliser pour le fonctionnement même des mécanismes politiques. Partant des exigences de sa mission démocratique, l’opposition politique s’est érigée en une institution politique.

L’opposition politique comme institution

Pour Jacques Lagroye (cité par Dulong, 2012), qu’elle soit sociale ou politique, une institution se définit par la cohésion entre ses membres, laquelle est maintenue par un processus de normalisation des comportements. Dire que l’opposition politique est une institution, c’est évoquer le degré de cohésion devant cimenter les différents partis et les acteurs qui y adhèrent. Une fois avoir intégré le groupe, puisqu’ils proviennent de plusieurs partis politiques d’idéologies différentes, les leaders doivent impérativement se soumettre aux obligations de l’opposition, s’organiser selon les nouvelles normes qui la structurent. Elle ne brise ou n’estompe pas l’idéologie de chaque parti politique, mais la seconde dans des circonstances particulières. Parce que tout parti politique n’a qu’un but : veiller à ce que les gouvernants ne s’installent pas dans l’arbitraire.

En ce sens, aucune institution, quelle qu’elle soit, ne saurait atteindre son but sans être bien organisée. Les codes et les pratiques qui régissent ses travers doivent l’emporter sur l’influence démesurée et l’avarice des leaders. D’ailleurs, bien qu’elles soient le produit des individus, nul ne saurait prétendre à la paternité ou à la propriété des institutions. Celles-ci se caractérisent par l’anonymat de leurs origines et sont définies par le langage impersonnel et intemporel du droit expliquant leur mission et leur fonctionnement en termes de postes, de pouvoirs et de règles générales, nous précise le sociologue et politologue allemand, Claus Offre (cité par Delphine Dulong, ibid). À noter que pour pouvoir ainsi exercer son emprise, l’institution doit être bien organisée, structurée et en perpétuelle régulation. Joint à cela, l’opposition politique en Haïti est-elle une institution ?
L’opposition politique en Haïti

Après avoir abordé l’opposition politique de manière générale, on va essayer de la présenter en Haïti, en ses pratiques et son fonctionnement, afin d’en déduire en quoi peut-elle être considérée comme telle ou non. Parce qu’il est dit que c’est au corps de l’utilité que se greffe le sens de l’existence, et l’utilité est toujours relative au but préalablement visé.

Une opposition qui s’oppose à elle-même

Rien ne serait surprenant de dire que l’opposition politique en Haïti est une opposition qui s’oppose à elle-même. Depuis des mois, elle a dû faire face à de sérieux problèmes internes qui contribuent à l’accélération d’une méfiance populaire à l’égard de ses acteurs, tout en offrant logiquement une longueur d’avance aux tenants du pouvoir. Qui ne se souvient pas des scènes théâtrales au travers desquelles les acteurs de l’opposition se déchirent, se contredisent, s’avilissent, se déshabillent publiquement ? Certains accusent d’autres d’être en pourparlers avec le président Jovenel Moïse et le PM, Jouthe Joseph. Les indexés ont même nommé d’autres complices qui négocient avec le pouvoir afin de parvenir à un consensus, en contrepartie d’une haute fonction dans la sphère publique (PM, DG…). Comment peut-on avoir la confiance populaire dans le soupçon et dans la division ? Pure illusion.

Alors, est-ce une course au pouvoir ou au bien-être collectif ? Considérons, le « Secteur démocratique et populaire » qui se réclame la tête de l’opposition par célébrité (nou gen plis nèg ki konn pale franse), la plateforme « Pitit Desalin » s’impose par popularité (nou gen plis moun dèyè nou, pèp la fè nou plis konfyans), « Fanmi Lavalas » revendique la commande par expérience (nou konn tèren an pase yo, nou se vye rat, dèyè nou pou yo vini). Mais pourquoi ne pas combiner célébrité + popularité + expérience ? D’ailleurs, quand elle perd le soutien du peuple, l’opposition n’est qu’un pur allié du pouvoir aux yeux des gouvernés. Ce qui est susceptible de renforcer la mince crédibilité de ceux qui détiennent le pouvoir. Puisque, quand on réfute par le mensonge, cela dit logiquement que l’affirmation est vraie. Si l’on ne croit plus aux acteurs de l’opposition, les gouvernants en bénéficieraient l’avantage.
Une opposition politique à vision morcelée

Les lignes précédentes montrent, ipso facto, que l’opposition politique est loin d’être un secteur organisé, mais plutôt morcelé. Autant de partis politiques, autant de visions. Or, l’on ne saurait poursuivre un but avec des objectifs contraires. Et aucune institution, quelle qu’elle soit, ne saurait atteindre son but sans être bien structurée. Car, l’organisation est la dimension la plus concrète de l’institution, disait le juriste et sociologue français, Michel Hauriou (1925).

Conscients des méfaits inévitables de leur discorde et convaincus qu’il est impératif de s’unir autour d’une seule et unique vision et de mobiliser les mêmes stratégies politiques, des leaders de plusieurs partis de l’opposition politique, dont Fusion des sociodémocrates, Mouvement chrétien pour une Nouvelle Haïti (MOCHRENA), Organisation du Peuple en Lutte (OPL), Inite, Verite, Ayiti an Aksyon (AAA), le Secteur démocratique populaire et Veye Yo, se sont constitués une seule structure politique dénommée : Direction politique de l’Opposition démocratique (DIRPOD) (là, nous sommes le jeudi 15 octobre 2020). Cependant, jusqu’à présent, tout porte à croire que cette tentative reste stérile puisqu’elle ne les a pas aidés réellement à s’affranchir de leur mésentente et débarrasser le pays du régime actuel, comme souhaité. Au contraire, 91 jours plus tard, soit le jeudi 14 janvier 2021, ils ont créé une autre structure baptisée : « Tèt ansanm », une nouvelle structure, un autre nom, avec les mêmes figures et pour les mêmes objectifs. Théâtre. Comment ne pas s’affaiblir ?

N’étant pas structurée, au lendemain même de la DIRPOD, cette vision atomisée de l’opposition politique n’a fait qu’accoucher d’autres partis politiques. Certaines personnalités politiques qui se disent des « opposants farouches », comme Antonio Cheramy, Gracia Delva, Wilot Joseph, Jerry Tardieu, Jean Renel Senatus, Du Pont Deus Deroneth créent respectivement leur propre parti politique : Matris Liberasyon, Ayiti Avan (AYA), Egzanp Nasyonal, En Avant, Lòd Demokratik, EDEM. Doit-on croire que chaque parti, chaque leader de l’opposition se réclame-t-il le pouvoir ? Logiquement, cela n’a rien à voir avec une stratégie politique. Or, il est dit que la vraie opposition politique n’a jamais essentiellement pour cible un parti politique et pour objectif la prise du pouvoir, elle se dresse plutôt contre la mauvaise gouvernance et a pour mission de veiller à l’intérêt national. La lutte de parti ou de position politique n’est qu’un filtre de reproduction des bêtises qu’on dit vouloir éradiquer. Ce qui fait qu’à la perpétuation de ces bêtises correspond la survie de ces espèces parasitaires. De là, se nourrit et se maintient une perpétuelle opposition par défaut avec les mêmes débris à bord, et ceci, toujours contre ce même peuple qu’on prétend défendre.

Entre opposition politique et politiques d’opposition

Analysant le fonctionnement de l’opposition politique en Haïti au regard des fonctions qui lui sont inhérentes, il serait osé d’employer ce concept avec l’intention de désigner ce groupe diversifié d’individus qui s’oppose contre et pour le pouvoir. Ce n’est qu’un jeu de pouvoir. L’opposition ne souhaite que l’échec du pouvoir, sans se rappeler que l’échec des gouvernants handicape du coup ce peuple qu’elle dit vouloir défendre. Les gouvernants, quant à eux, veulent la dé-crédibilisation de l’opposition et veulent lui attirer une méfiance populaire afin de conserver ou de disposer du pouvoir selon leur propre gré. On dirait que l’opposition politique et le pouvoir en place tirent chacun des deux extrémités la corde et fracassent le peuple qui erre dans l’attente et la confusion. Ce faisant, je crois qu’il serait beaucoup plus adapté de parler de politiques d’opposition qui sont, d’après Peter Mair, (cité par Nathalie Brack et Sharon Weinblum, 2011), une forme d’opposition composée de partis qui s’opposent au pouvoir, mais ne représentent pas les citoyens. Donc, ce contre-pouvoir peut faire plus de mal au peuple que les tenants du pouvoir et devenir un véritable malaise démocratique. Ce faisant, préconise-t-on de supprimer l’opposition politique en Haïti ?

Que faire alors ?

L’opposition politique n’est pas le problème en soi, mais c’est à ceux qui la manient, l’instrumentalisent, qu’il faut s’adresser. On doit la structurer autour d’une vision unique tendant vers le bien-être collectif afin qu’elle cesse d’être un simple outil de conquête de pouvoir. Ce qui rétablira progressivement la confiance populaire. Sinon, toute tentative anti-Jovenel serait vouée à l’échec. De là, il est inutile de vous préciser que cette critique de l’opposition politique en Haïti ne vise nullement à cautionner les bêtises et la nullité du régime PHTK. Au contraire, si la digne opposition libère toujours puisqu’elle est le condiment de la liberté (O. Barrot, cité par Proudhon 1968), l’on veut surtout déceler la culpabilité des acteurs de l’opposition politique dans cette suite épisodique de violences mises en scène par le pouvoir en place. Comment ne pas pouvoir chambarder un système dans lequel les iniquités sont aussi manifestes et impardonnables ? À moins qu’on soit tous iniques et coupables. Loin d’ignorer la complicité de la communauté internationale. Mais, et si l’on n’avait pas creusé autant de brèches ?

À cet effet, l’unification de l’opposition politique en Haïti s’avère cruciale en ce moment décisif. Sinon, et, si cela ne tenait qu’à ces opposants , étant privés d’idées directrices et de leaders charismatiques, je vous garantis que les prochaines mobilisations populaires ne seraient que des défilés carnavalesques qui nous approvisionneraient en fatigue et en cadavres innocents, et Jovenel Moïse pourrait rallonger son mandat jusqu’en 2050. Heureusement, certains d’entre eux en sont conscients et se retirent stratégiquement du lot. Mais, est-ce là, la meilleure solution?

Récapitulons ?

En définitive, obsédés par le pouvoir, les tenants de l’opposition politique passent outre des objectifs qu’ils doivent se fixer. Cette obsession fait germer une certaine individualité qui s’allie dans la complicité et déchire les liens entre ses propres acteurs, vide la cohésion sociale qui finalement la dépouille de tous les acquis pour s’ériger en une institution. Valeurs diversifiées, controversées et piétinées, prétention à la propriété, prégnance de l’individualité, l’opposition ne se constitue qu’une fidèle copie du pouvoir. On dirait que l’opposition politique en Haïti est le pouvoir en arrière-plan, une parade politique, un jeu visant à profiter de la naïveté du peuple. « An bon kreyòl, se donè leve : wete kò w, ban m f on kou tou. » Dans pareille circonstance, si le peuple, véritable opposition, ne se réveille pas, la République dessalinienne sera le théâtre d’une éternelle crise : une opposition par défaut avec les mêmes débris à bord, des médiocres se succéderont aux médiocres. L’impunité et la corruption régneront encore et la notoriété sera toujours l’apanage des idiots et des incapables. « Tabula rasa » ? Oui ! Mais peut-on espérer « Tabula rasa » des renégats qui seront les premiers dépôts d’ordures à balayer ?

Serge BERNARD ;
Sociologue & Activiste politique ;
Facebook/Twitter : Serge Bernard de Mazamby ;
Email : bernardserge47@yahoo.fr

Références

Bernard S. (nov. 2019). De la nécessité d’une révolution morale et éthique en Haïti pour une sortie de crise d’emblée. Le National, pp 1-4.
Brack N., Weinblum S. (2011) Oppositions Politiques et Politiques d’Opposition : une introduction. Revue internationale de politique comparée, No 2 Vol. 18, p. 7-12.
Donfack S. L. (2003). L’institutionnalisation de l’opposition : Une réalité objective en quête de consistance. PP. 2-58.
Dulong, D. (2012). Sociologie des institutions politiques. Paris, La Découverte, 124 p.
Hauriou, M. (1925). La théorie de l’institution et de la fondation. Cahiers de la nouvelle journée, dossier « La cité moderne et ses transformations, Bloud et Gay.
Proudhon (1868). Solution du Problème Social. Œuvres,




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