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On a planté de la banane pour récolter du riz importé

On a planté de la banane pour récolter du riz importé



Les terres fertiles que possède la République d’Haïti sont l’un des plus grands avantages que détient ce petit pays de l’Amérique et des Caraïbes. Alors qu’Haïti peine à répondre aux besoins alimentaires de ses 11 millions d’habitants, selon les études, les terres d’Haïti pourraient nourrir 30 millions de personnes (Patrice Dion, 2019). Le pays a donc un grand potentiel agricole. C’est à cet égard que le peuple haïtien avait choisi de voter Jovenel Moïse lors de la dernière présidentielle. Ce, parce qu’il avait gagné la confiance de son électorat avec son projet de production locale, en particulier ses champs de bananes.

La stratégie d’Antonio Solas, le fameux communicateur politique espagnol, a porté ses fruits : vendre à la population haïtienne un projet de production nationale qui, en réalité, n’était rien qu’une utopie. AGRITRANS, la firme à Jovenel, avec l’aide et la complicité de certains médias et journalistes, a fait croire que des bananes plantées en Haïti sont exportées en grande quantité en Europe, en particulier l’Allemagne. « La compagnie haïtienne prévoit que d’ici 2017, 450 conteneurs de bananes seront expédiés chaque semaine à destination du marché européen » (HaitiLibre, 2015).

En vue d’enquêter sur une éventuelle existence de ces champs de banane, le journaliste Guerrier Henry a demandé à l’un de ses correspondants, Ismael, d’aller faire un tour du côté d’Agitrans. Celui-ci a rapporté que les bananiers n’existaient pratiquement plus, que l’endroit ressemblait plutôt à une savane désolée, avec comme seuls occupants, non pas des travailleurs, mais des bœufs. Dommage que nous n’ayons pas eu à notre disposition des photos afin de montrer preuve à l’appui ce qu’est devenu ce projet 2 ou 3 ans après l’annonce de sa création, a regretté Ismael (ElsieNews, 2017).

Ce projet, apparemment établi dans la commune de Trou-du-Nord dont le sieur est originaire, regroupe plus de 3 000 paysans de différentes associations. À en croire les propos du « Nèg Bannann », AGRITRANS visait la production de bananes bio destinées à l’exportation. Près de 5 ans après, ces projets de production locale sont tous tombés aux oubliettes. Le président Jovenel Moïse, une fois avoir obtenu ce dont il était en quête (le pouvoir), n’a jamais fait mention de l’avenir de ce rêve tant admiré par le peuple haïtien. Pourtant, le riz importé ne cesse d’envahir le marché local. Comme si les sols haïtiens ne pouvaient pas en produire.

Le riz est un aliment de base pour la grande majorité des consommateurs haïtiens. Alors que sa consommation n’a fait que grimper ces deux dernières décennies, sa production n’a cessé de décliner dans l’intervalle, forçant le recours à l’importation massive afin de satisfaire la demande nationale. Pour la campagne 2020/21, allant de juillet 2020 à juin 2021, la production de riz à travers le pays devrait atteindre 75 000 tonnes métriques (TM) tandis que les importations passeraient à 495 000 TM, selon des statistiques communiquées par le Département d’Agriculture des États-Unis (USDA, en anglais), d’où provient plus de 90 % du riz importé par Haïti.

Le riz national est boycotté. La classe possédante d’Haïti, grande exportatrice du riz américain, et l’État haïtien en sont les principaux auteurs. En effet, selon le président de la Coopérative de production et de service agricole de l’Artibonite (COPSA), Pascal Djerry Alexandre, qui intervenait au nom de 49 blocs et plusieurs organisations de la région, la pratique consistant à boycotter la production rizicole dans la Vallée remonte à plusieurs années. « Les entrepreneurs qui contrôlent le marché des semences avaient commencé par provoquer une rareté de semences sur le marché », a déclaré Pascal Djerry Alexandre qui a poursuivi qu’en suite ces entrepreneurs ont « empoisonné » la production des paysans et planteurs de riz de l’Artibonite à l’aide de semences de mauvaise qualité. Enfin, a-t-il conclu « ils ont installé une insécurité dans les deux (2) communes les plus productives de la région, à savoir Dessalines et Petite-Rivière de l’Artibonite ».

Outre cela, au côté du riz américain, grand bénéficiaire de ce boycottage, le riz taiwanais se fait remarquer en bonne et due forme dans les assiettes des Haïtiens. Ne serait-ce que pour cette raison que le président Moïse avait choisi de renforcer ses relations bilatérales avec la République de Chine au détriment de la Chine populaire.

En effet, au cours de la semaine écoulée l’État haïtien a fait savoir dans un communiqué que, dans le cadre de sa coopération bilatérale avec le Taïwan, Haïti a reçu en don 1 000 tonnes de riz de la République de Chine (Taiwan) dans la perspective de fournir une assistance alimentaire aux personnes démunies sur tout le territoire haïtien à l’occasion des fêtes de fin d’année. C’est le Fonds d’assistance économique et sociale (FAES) qui se chargera de sa gestion et sa distribution.

Ce n’est pas la première fois que le Taiwan a fait de pareilles donations à Haïti. Cependant, dans l’histoire diplomatique de ces deux Républiques « alliées », Haïti n’a jamais reçu en don autant de riz pendant ces cinq dernières années de la part de Taïwan, alors que leur coopération bilatérale remonte à plus de cinq décennies. Certes, bon nombre d’Haïtiens en nécessitent ; affamés, ils veulent voir de la nourriture dans leurs assiettes, selon la promesse de leur président, mais ils n’avaient pas voté le « Nèg Bannann » pour récolter le riz importé des Taiwanais. À quand un vrai (re) lancement de la production locale en Haïti ?

Jim Larose




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