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Quand l’éthique est en mode pause en milieu politique haïtien

Quand l’éthique est en mode pause en milieu politique haïtien



« Les hommes politiques salissent tellement l’environnement national haïtien qu’aujourd’hui chez nous le concept politicien est perçu comme synonyme de voleur, personne incompétente et sans moralité, magouilleur, raketè, esclave servile. Cela crée un malaise tel que des gens de bien ont peur de se lancer dans la gestion de la chose publique ». C’est à travers ce paragraphe de mon article intitulé ANMWEYY, cri aux intellectuels haïtiens, publié dans la Tribune de Le National en date du 21 juin 2020 que j’avais voulu amorcer la réflexion se rapportant à l’éthique en milieu politique haïtien.

Il y sera de la portée philosophique du concept éthique et ses implications dans la vie sociopolitique en vue de dégager des perspectives humanistes au regard de l’environnement politique haïtien.

Au cours des 40 dernières années, Haïti a connu des régressions énormes à tous les niveaux et dans tous les domaines. A chaque fois que l’on parle de qualité, que ce soit en termes de vie, de santé, d’éducation, du mode de gouvernance, Haïti ne fait jamais bonne figure et est toujours placée en rang regrettable. Ce n’est même pas nécessaire de présenter les indices et les chiffres pour chaque catégorie ou chaque domaine, car les faits quotidiens sont tellement évidents que les chiffres seraient comme une redondance dans un pays où tout va très très mal au point qu’en Haïti nous vivons chaque jour ce que les citoyens d’autres pays n’oseraient jamais imaginer se passer dans leur pays respectif même dans leur songe surréaliste.

Chez nous en Haïti il y a un couloir de la mort. Ce couloir constitue l’espace le plus mortel qu’un citoyen puisse décider d’emprunter un jour, celui des élections. Les politiciens et leurs maitres sont prêts à tout pour s’approprier le pouvoir. L’Haïtien aspirant à devenir chef est prêt à tout pour atteindre son objectif. Il peut hypothéquer sa maison, abandonner sa famille, envoyer sa famille en exile, renier ses amis d’enfance, prendre le contrepied des valeurs fondamentales qu’il a défendues toute sa vie précédant sa candidature, renier sa famille religieuse, abandonner la foi, éliminer ses adversaires politiques, tuer ses anciens collaborateurs, tout simplement pour devenir chef.

Ce mal est d’autant plus grave que la quasi-totalité des Haïtiens ont le même rêve. Certains l’ont reçu sous forme de songe, d’autres ont compris qu’ils devraient avoir ce rêve, car sinon ils sont foutus. Ce rêve n’est pas celui d’être un jour fier d’avoir fait quelque chose d’extraordinaire ni de bon de sa vie, mais d’être un jour ce chef qui saura jouir de tous les privilèges au détriment de l’intérêt collectif. C’est l’obsession de devenir chef, peu importe le prix ou le coût pour les autres. Certains iraient aussi loin à croire que la quasi-totalité des Haïtiens souffrent d’une maladie de chef.

Mais, est-ce un péché d’avoir la prétention de chef? La cité, comme l’appellerait Platon dans sa République imaginaire ne doit-elle pas être dirigée? Tout citoyen responsable, patriote, humaniste, ne devait-il pas se faire un devoir de servir son pays?

Pourquoi Haïti doit-elle être toujours dirigée par les corrompus et les anti-nationalistes? Pourquoi doit-on toujours lire dans les lignes des quotidiens que le parlement haïtien est un repère de bandits et de trafiquants? Pourquoi ceux-là qui devraient contribuer à la stabilisation du pays à travers des conditions facilitant la vie, la paix, le développement, la relance économique, l’émancipation des femmes, n’atterrissent-ils jamais en Haïti? Pourquoi les experts internationaux avec leur CV gonflé et très rempli passent-ils toujours à côté en Haïti? Pourquoi ceux-là qui sont populaires chez nous sont pour la plupart parmi ceux-là qui vivent en dehors de tout principe éthique? Pourquoi le trouverait-on incroyable de rencontrer un fonctionnaire public intègre en Haïti? Pourquoi la société haïtienne dans son ensemble ne veut pas que les gens de bien se mêlent de la politique, mais se plaignent des corrompus qui nous dirigent? Comment peut-on avoir des dirigeants compétents, honnêtes, patriotes, si les gens de bien pensent que la politique est réservée aux corrompus, aux incompétents, aux trafiquants?

Platon, dans sa République disait que la cité doit être dirigée par des rois et les rois doivent être des philosophes. Les rois se réfèrent à la noblesse de la position de servir et les philosophes à la connaissance. Avoir des gens de bien, sérieux, intègres aux commandes de la cité n’est pas un luxe, mais une nécessité. Peut-on donc continuer d’accepter que la politique en Haïti se fasse en dehors de l’éthique? Quand la presse, les médias, la société civile, les organisations de défense des droits humains, les universités, les partis politiques, les regroupements socio-politiques, l’église, les sectes religieuses, se taisent et acceptent que les hommes politiques agissent et se comportent comme beau leur semble ne sont-ils pas tous responsables ou complices du niveau de dégradation et de pourriture de la société?
En Haïti en 2020 il parait normal et acceptable qu’un haut dignitaire de l’État mente, mais au tribunal on demande à un témoin de jurer de dire la vérité sous peine d’être poursuivi pour parjure lors de son témoignage d’un accident de rue. Il parait normal qu’un Sénateur, un député, un Directeur général, un ministre ou le Premier admettent en public et à gorge déployée que tous ceux-là qui sont au pouvoir ne fassent que défendre leurs propres intérêts, alors que d’un autre coté on espère courant 24/24, procès pétro-caribe, justice pour des victimes et des journalistes assassinés, reddition de comptes……

En Haïti dans la fonction publique il n’y a pas de régression pour le fonctionnaire en contravention avec la loi, sauf en cas de refus d’obéir aux ordres illégaux du chef d’où ils proviennent. Les hauts dignitaires peuvent poser tout acte contraire à la morale. Tout le monde aura l’air choqué. Une partie de la presse pourra même passer toute une semaine à relayer la nouvelle, mais, et après……

Oui, il y aura un après, car un arrêté présidentiel viendra sans doute donner une promotion à ces hauts dignitaires qui, en toute situation normale, devraient être sanctionnés pour leurs actes malhonnêtes, malsains, et trop souvent illégaux. Les politiciens s’arrangent de telle sorte que le bourreau d’hier ou le corrompu d’hier ou l’incompétent d’hier puisse toujours refaire surface en donneur de leçon ou en chef.

Si l’éthique comme science de la morale implique des réflexions profondes sur le comportement, les actes, les fréquentations, les affiliations, les appartenances, les attitudes, le passé et le présent des dirigeants d’un pays, on est en droit de se demander si les dirigeants haïtiens n’ont pas mis en mode pause l’éthique en milieu politique haïtien.

L’éthique comme science de la morale est vue comme une réflexion profonde sur les principes, les règles, la loi morale, de telle sorte que les comportements, les actions, les attitudes, les choix et les décisions puissent avoir un fondement raisonnable.

Le Sénateur chanteur vous dit sans gêne qu’il a été élu parce que ceux-là qui devaient être à sa place ne sont pas intéressés à la politique. En mots simples il confesse à la société que sa place ne devait pas être au sénat. Et que dit la société? Qui ose demander au Sénateur chanteur en quoi sa conscience lui reproche de profiter des privilèges pour lesquels il n’a ni compétence ni posture? Personne. Entre-temps, la vie continue. Et ce serait une réflexion marginale de penser que la cote de popularité du Sénateur chanteur serait affectée en dépit de tout. Son électorat, qu’il appellerait le peuple, serait prêt à le voter demain matin. Quel peuple! Quelle société!
Le Président de la République demande à la société de suivre son regard pour pouvoir identifier les responsables des malheurs du peuple. C’en est devenu un slogan de deux semaines, puis…. Puis la vie continue. Qui ose rappeler au Président de la République les principes éthiques liés à sa fonction? Qui ose lui dire que l’échec en tout est imputé au Premier chef, surtout le chef qui met en défi quiconque oserait penser avoir plus de pouvoir que lui sur la terre de Dessalines?

Aujourd’hui en 2020, les sentences, les condamnations, ne se prononcent plus au tribunal. Les officiels, les hommes d’ « État » qu’ils devraient être, ne saisissent plus la noblesse de leur position ni de leur fonction. Ce n’est plus un privilège de rencontrer un haut dignitaire de l’État, car ils ne sont plus rares, trainant derrière tous les micros, fréquentant toutes les boites de nuit et maisons malsaines, discutant en public de tout ce qui devrait faire objet de secret d’État ou de sécurité nationale. La fonction publique ne fait plus rêver aux jeunes.

Pourquoi nos politiciens mentent-ils tous sans gêne ni honte? Pourquoi l’assassin d’hier revient-il toujours comme le sauveur d’aujourd’hui? Pourquoi les dilapidateurs des fonds publics n’ont-ils jamais honte de leurs actes? Pourquoi le politicien haïtien change-t-il de parti politique comme on change de chemises sans avoir à expliquer valablement en quoi il a changé? Pourquoi ceux-là qui devraient avoir honte et vivre dans le silence total trouvent-ils toujours des espaces médiatiques pour se défendre ou critiquer les autres avec même la prétention de donner des leçons. En Haïti celui qui avait échoué hier dans tel poste trouvera un espace médiatique pour venir donner des leçons ou des conseils à l’actuel occupant du poste. Et qui ose lui demander pourquoi n’avait-il pas mis en application tous ces bons conseils lorsqu’il était dans la position? Personne.

L’éthique est un petit concept qui devrait permettre aux corrompus, aux incompétents ayant fait preuve de leur incompétence, aux malsains, de se taire. On dirait que ces gens-là n’ont pas la capacité d’avoir honte et ainsi prendre un peu de recul. Il faut savoir quand se taire et se retirer.

Nous vivons dans une société où n’importe qui peut posséder n’importe quoi. Avoir un train de vie qui correspond à son rang social et à ses prestations professionnelles n’est plus imaginable. On peut être un simple journalier sans aucune expertise et avoir un mode de vie qui s’apparente à celui d’un homme d’affaires réussi. Personne n’évalue les biens de l’Haïtien par rapport à son salaire ni ses activités professionnelles.

Quand on accuse un homme d’état haïtien d’un crime financier ou moral par exemple il vous dit pour se justifier qu’il n’est pas le seul à avoir agi ainsi et que c’en est devenu normatif dans la mesure où tout le monde le fait aux vues de tous. Il n’y plus de règles qui gouvernent et orientent. Réfléchir avant d’agir et au regard des règles éthiques ne fait plus écho. La perception est qu’être différent ou agir différemment ne sauvera pas la nation. Chacun profite de son petit passage provisoire pour s’enrichir. Personne n’ose prendre une seconde pour réfléchir sur la portée et les implications de ses actes ou de ses déclarations. Accuser quelqu’un de n’importe quel crime en public ou sur les ondes est une routine qui parait normale aux yeux de la société.

Au moment des élections tout le monde sait que Candidat X et/ou Candidat Y ont acheté les résultats. Dans certaines affaires de justice souvent il y a preuve que des ordonnances ou des décisions n’ont été que la résultante des sommes versées. Dans les affaires d’abus sexuels et de scandales sur mineurs des deux sexes souvent il y a cumul de preuves contre les agresseurs et les bourreaux. Dans la fonction publique trop souvent la clameur publique dénonce les cas de népotisme. Mais au final pas de démission, pas de révocation, pas de poursuites judiciaires, au point de dire que les considérations éthiques sont mises en mode pause. On dirait que la société admet qu’il y a dérogation sociale ou présidentielle ou autoritaire pour agir indéfiniment en dehors de l’éthique.

Notre situation est grave et très grave. Les politiciens, la presse, les candidats, les hauts fonctionnaires publics, les cadres techniques et la société dans son ensemble font un complot contre les normes éthiques. Peut-on penser à un mois au cours duquel on avait passé 8 jours sans un scandale quelconque? D’ailleurs le mot zen est devenu populaire. Sur les réseaux sociaux et partout, il y a des zen. Zen politique, zen amoral, zen au niveau des médias, zen PM, zen G9, zen etc..

La République peut-elle continuer à vivre de zen? Tout sent mauvais dans l’environnement politique haïtien. Tout s’achète dans cet univers haïtien: les micros, les postes, les interventions, les positionnements publics, les invitations dans certaines émissions, oui, tout et tout.

J’attends avec impatience ce réveil de conscience dans la société haïtienne pour qu’on puisse retirer sur mode pause l’éthique dans l’environnement sociopolitique haïtien? Il nous faut des leaders d’opinion et des dirigeants qui soient capables d’avoir ce réflexe de recul avant de décider. Des gens qui comprennent que leurs positions sociales et/ou politiques leur imposent un mode de vie et que cela a des implications dont les conséquences peuvent être parfois douloureuses et suicidaires.

J’attends avec impatience le jour où nous aurons des candidats honnêtes et intègres qui ne mentiront pas, prétextant qu’au cours des campagnes électorales il faut faire rêver les gens. Oui, il faut faire rêver les gens à travers une vision, mais pas à travers le mensonge. Il nous faut des leaders qui nous font rêver, car toute petite action positive découle d’une vision stratégique. Donc, faites-nous rêver à travers vos discours, vos prises de position, vos promesses, vos aspirations, mais ne nous mentez pas. C’est contre l’éthique. Faites nous revers étant derrière vos micros, car il nous faut des leaders d’opinion pour nous éclairer, nous aider à mieux comprendre, à éviter et à mieux choisir, mais ne marchandez pas vos alignements. C’est contre l’éthique.

Quand l’éthique est en mode pause tout ce qu’il y a de mal est permis et devient normal. Voudra-t-on appuyer sur le bouton pause de l’éthique pour la remettre en marche? Ce sera pour le triomphe de l’éthique.

Prof. Josué DELEON
Expert en renforcement organisationnel
Expert en recherche qualitative / quantitative
Spécialiste en dév. de curriculum et en Éducation
E-mail: coursprofdeleon@gmail.com




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