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La fuite des cerveaux en Haïti, une cause globale ou une décision de nos dirigeants politiques ?

La fuite des cerveaux en Haïti, une cause globale ou une décision de nos dirigeants politiques ?



Partout dans le monde les autorités des pays moins avancés se plaignent de plus en plus aux problèmes liés a l'émigration de leurs travailleurs qualifiés, phénomène appelé "Brain Drain" ou "La fuite des Cerveaux" un concept de la sociologie apparu vers les années 1960 alors qu'il ne concernait que les pays riches.

Selon le Word Forum Économique, Global Competitiveness Report, Haïti est la première de la liste des pays comptant la "Fuite des cerveaux" la plus élevée du monde suivi du Vénézuéla.

Quelles sont les causes de cette fuite de la part de nos jeunes intellectuels ? Est-ce un problème migratoire global? Un problème économique ou une décision du gouvernement haïtien ?

Historiquement, les causes de l'émigration intellectuelle haïtienne ont été souvent liées à des raisons politiques. Nous savons déjà l'histoire de ceux qui militèrent et n'ont pas laissé le pays, parmi eux, Massillon Coicou, un des poètes haïtiens les plus importants du début de 20e siècle, Jacques Roumain, l'auteur du célèbre roman LES GOUVERNEURS DE LA ROSÉE, Fondateur du Bureau national d'Ethnologie.

Le régime duvaliériste entre 1957 et 1986, force à l’exil un chiffre astronomique d'intellectuels, artistes et professionnels haïtiens, qui se dirigèrent généralement dans les pays francophones, où beaucoup ont pu trouvé d'emploi dans le secteur d'enseignement secondaire et universitaire. En 1967, environ 53.587 ont été au Canada.

Mais, l'analyse des rapports a démontré clairement que le flux migratoire est plus élevé entre 1986 et aujourd'hui, « On estime que (..), l´émigration aurait concerné 30% des actifs haïtiens ayant un niveau d’instruction secondaire et 84% de ceux ayant un niveau universitaire (Dorquier Marfouk, 2005). Puis, les constats de l’IPPMD, en ce qui concerne l'incitation des jeunes Haïtiens à travers les programmes de bourse de formation professionnelle, à chercher du travail à l'étranger, laisse aussi à croire que le " Gain Drain " ou "Recherche des cerveaux ", ce fait goblal, peut être aussi une des causes influant le départ des jeunes haïtiens formés vers des territoires étrangers. Ce dernier, est-il suffisant pour expliquer l'expansion de l'incompétence dans tous les secteurs du pays?

La Fédération des Barreaux d’Haïti, de concert avec Justice Sector Strengthening Program (JSSP) révèle que 8% des professeurs qui enseignent dans les écoles et facultés de Droit en Haïti possèdent une Licence alors que seulement 3% enseignent avec un doctorat.

Le coordonnateur général de l’Office de management et des ressources humaines (OMRH) Josué Pierre-Louis, lors de sa participation, à l’émission « Haïti Sa kap Kwit » sur la chaîne 20, rapporte que plus de 95% de nos cadres ne disposent d’une licence.

À l'occasion de la quatrième journée de la gestion des ressources humaines, les responsables du Centre de Formation et d'Encadrement technique (CFET S.A.), affirment que le principal problème dans le recrutement en Haïti demeure la rareté d´un personnel qualifié.

Pourquoi aucun président haïtien n'a jamais établi une politique publique de récupération, de remédiation ni prendre de position face à cette crise émigratoire qui vulnérabilise nos secteurs importants, inclus le secteur de la santé? Le taux de déperdition des médecins formés à la Faculté de médecine et de pharmacie (FMP) environne 40%, relate le doyen de la Faculté de médecine et de pharmacie (FMP), le Dr Jean-Claude Cadet en 2017.

Par conséquent, le pays se trouve avec une moyenne de 6,5 professionnels de santé pour 10 000 habitants (statistiques de 2009), d'où la première position d´ Haïti, pour une fois encore, parmi les pays ayant la plus faible densité de ressources humaines médicales, 3,5 professionnels de la santé après la Guyane (11,2) selon l’Organisation panaméricaine de la Santé (OPS) en 2013. Or 13% des médecins noirs exerçant aux États-Unis sont des Haïtiens formés à grands frais en Haïti affirme Paul E. Farmer, professeur à l’Université Harvard.

N'est-il pas dans leurs intérêts la fuite de ces jeunes gens haïtiens ou plutôt "l'exportation" de nos jeunes n'est-elle pas une décision économique hautement politique de la part de nos chefs d'État afin d'alimenter le trésor public sachant que le dernier rapport de la Banque de la République d’Haïti confirme que ces jeunes Haïtiens à l'étranger ont contribué à plus de 34% du PIB en 2017, et envoyé en Haïti pour l’année 2019 environ 2.98 milliards de dollars?

Sinon pourquoi l'État haïtien réfute leur décision quand ils décident de retourner afin de servir leur pays natal. À titre d'exemple, en pleine pandémie, récemment, 1.068 professionnels de la santé, dont 735 médecins haïtiens formés en République dominicaine à Cuba… ont été tous bloqués par les autorités haïtiennes sous prétexte qu'ils exigent des frais d’installation ? Comment expliquons-nous l'oubli rapide, du gouvernement haïtien, des boursiers haïtiens au Sénégal ? Et pourtant, en revanche, se rappelle-t-il, ceux qui se sont formés comme officiers de police ou de l'armée à l'étranger ?

Le président vénézuélien, Nicolás Maduro, a ordonné à son ministre de l'Économie, la mise en place du plan "De vuelta a la patria" et demandée à son ministre des Finances, Simón Zerpa, de configurer ce mécanisme avec l'aide de quatre banques publiques afin de récupérer leurs "cerveaux".

La République démocratique du Congo a lancé le programme MIDE en 2003, une initiative pilote non seulement permettant d'établir un lien entre la diaspora et les institutions de l'éducation, mais aussi de retenir les professionnels formés dans leur pays.

Si, d'un côté, les deux enquêtes menées dans les années 1990 par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) sur les causes déterminantes de la "fuite des cerveaux" affirment bel et bien qu'il existe une relation étroite entre ce phénomène et la globalisation, d'un autre côté, le silence du gouvernement haïtien sur ce sujet tant en matière de politique publique de remédiation et de récupération tout comme de leur justification sur l'exclusion de ces jeunes de la diaspora démontre clairement sa complicité vis-à-vis de l'émigration de ce capital humain.

En définitif, cette analyse nous laisse à réfléchir de façon plus approfondie, s'il n'existe pas un rapport entre cette "fuite des cerveaux", la soumission du pays par la communauté internationale et le totalitarisme du pouvoir puisque que l'histoire moderne des "cerveaux" haïtiens ont été toujours liés à la lutte politique contre le néocolonialisme et l'impérialisme, pour le rétablissement de la souveraineté, l'identité nationale et la démocratie. Notons finalement que dans le rapport de EMMUS (2012), il est souligné que les jeunes qui se trouvent en Haïti se sont soumis à des contraintes sociopolitiques les empêchant à prendre part activement aux choix les concernant au sein de la société haïtienne [Cayemittes et al., 2013].

Par : JACKSON JEAN

Étudiant avancé en Science politique à l'École de Politique et de Gestion publiques
(EPyG) de l'Université National de San Martin (UNSAM), en Argentine.

Référant de la Communauté Haïtienne en Argentine.




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