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In Memoriam Patrick Pompilus – 31 juillet 1962 – 31 mai 2021

In Memoriam Patrick Pompilus – 31 juillet 1962 – 31 mai 2021



« Qu’un ami véritable est une douce chose »

La dernière fois que j’ai vu Patrick vivant, c’était il y a moins de deux mois. On s’est croisé à la section pâtisserie d’un supermarché de la place ; et je me souviens lui avoir dit : « Tu viens acheter des choses que tu n’as pas le droit de manger ». Il m’avait répondu avec un sourire très doux.

La première fois que j’ai vu Patrick ne me revient guère en mémoire. Je pense que ce devait être au début de l’année 1988. Robert et moi, jeunes mariés, sommes allés en visite chez Pradel et Winnie Pompilus, les parents de Patrick qui venaient de perdre leur fils Claude. Je revois encore Winnie, séchant ses larmes avec un mouchoir en papier ; j’entends sa voix qui disait : « C’est dur de perdre un grand fils ». Est-ce à cette occasion que j’ai fait la connaissance de Patrick ?

J’ai eu une trentaine d’années pour apprendre à connaître et apprécier celui qui vient discrètement de disparaître de nos yeux à tout jamais. Ceux et celles qui l’ont bien connu vous diront qu’il était casanier et n’aimait guère sortir de chez lui. Mais il avait ses rituels. Chez nous, il a rarement raté un anniversaire de Robert, notre anniversaire de mariage, ou un de nos réveillons du 31 décembre. Robert était son frère.

Le bezig du samedi après-midi était un autre rituel sacro-saint. Pendant des années, l’aire de jeu, où ces joueurs impénitents brassaient les cartes, était située chez notre voisin, littéralement à deux pas de chez nous. Patrick ne manquait jamais ce rendez-vous. Du reste, le scénario des grands a très vite donné naissance à celui des petits. Pendant que les pères jouaient aux cartes, une joyeuse bande d’enfants du quartier accueillait Amary et Émilie, ceux de Patrick ; et, autour d’un ballon de football, d’une console de jeux ou du téléviseur, laissait germer les semences de l’amitié paternelle. Pour la marmaille, le tout se terminait par un festin hot dog dans ma cuisine. Je me souviens que Patrick avait pris l’habitude d’apporter lui-même d’énormes paquets de saucisses, de la meilleure qualité ! Quand l’hôte du bezig a eu, avec l’injustice haïtienne, des démêlés qui lui ont valu d’être incarcéré quelque temps, Patrick venait, tous les matins, chercher ses enfants pour les conduire à l’école. Se pa di yo di m. De chez moi, j’entendais la barrière s’ouvrir, je voyais arriver la grosse voiture et les deux garçonnets y prendre place. Patrick a toujours été friand des grosses cylindrées américaines qu’on entendait venir de loin.

Rendre service était dans l’ADN de Patrick. En été 2012, Robert, nos deux enfants et moi sommes partis à Chicago pour le mariage d’une nièce. Nous en avons profité pour passer du temps avec la famille. Mais notre fille aînée Sorayah qui venait de trouver son tout premier emploi ne bénéficiait pas de jours de congé et est rentrée seule à Port-au-Prince. Naturellement, Robert avait demandé à son frère Patrick de voye zye. Patrick est donc venu chercher Sorayah pour l’emmener chez lui, le temps que nous soyons de retour. Mais, du haut de ses 23 ans, salariée, ayant acheté sa propre voiture, Mademoiselle n’entendait pas être traitée comme une fillette. Plus tard, Patrick racontera à Robert qu’il avait été mal reçu.

Voilà près de neuf ans que notre fille elle, a vu la mort. Je me plais à imaginer que, comme aînée de Patrick dans l’au-delà, elle aura à cœur de l’accueillir affectueusement et de l’aider à s’orienter dans l’espace.

À la mort de Sorayah en octobre 2012, la sollicitude de Patrick envers nous a pris toutes les formes possibles. Qui sait combien d’aller-retour vers l’aéroport a effectués sa grosse cylindrée où pouvaient tenir aisément passagers et bagages ? En cette – lointaine – ère pré-Covid, la famille affluait de l’étranger quand il y avait une mortalité. Patrick n’attendait pas qu’on lui demande ; il se proposait.

L’amitié qui le liait à Robert, son collègue, son ami, son frère, en est une dont je connais peu d’exemples, dans la réalité ou dans les livres.

Mes pseudo-colères du soir sont devenues aussi un rituel. Alors que, co-directeurs de la même école, ils passaient ensemble une partie de la journée, il leur fallait encore se parler longuement au téléphone le soir. J’avoue que je n’ai jamais compris. J’ignore si, de son côté aussi Nadine, la femme de Patrick, soupirait, secouait la tête, tchuipait, évoquait les dangers pour la santé de l’usage prolongé du téléphone cellulaire... Je sais que nos deux compères n’en avaient cure. Riant à gorge déployée, revivant des incidents de la journée, discutant de la manière la plus adroite de se débarrasser d’un enseignant qui n’était pas à la hauteur ou de la bonne formule pour soutenir des élèves en difficulté académique ou financière … d’un soir à l’autre, je perdais la partie face à ces deux interlocuteurs heureux de refaire le monde.

Patrick, aujourd’hui que tu as perdu l’ultime partie face à cette impitoyable Covid-19, il me reste ces souvenirs heureux, cette très belle leçon d’amitié, ce rare modèle d’humanité. Il me reste les images de ta silhouette corpulente, ta démarche un peu saccadée, tes yeux doux quand tu riais et que ton corps entier tremblait, ta manière de tourner la tête sur le côté quand tu parlais ou riais, ton amour des sucreries. Nous gardons précieusement l’exemple de ta simplicité, de ta force de conviction. Il nous reste aussi ce lien familial incomparable avec Nadine, Amary et Émilie.
Les soirées auront une autre couleur sans toi.
Merci mon frère !

Nathalie LEMAINE
juin 2021




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