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Philosopher, dès l’école, avec nos enfants

Philosopher, dès l’école, avec nos enfants



« Au coup de sifflet final de l’arbitre, j’ai réalisé que l’objectif du jeu, c’était de gagner en marquant des buts »

On raconte l’histoire d’un ancien Roi de Perse qui voulait percer le secret de la vie humaine. Il demanda alors à l’homme le plus sage et le plus instruit de son royaume d’entreprendre cette lourde et difficile tâche.

Quelques années plus tard, ce dernier lui apporta trois volumes de mille pages sur l’Histoire des hommes depuis leur origine.

— Sire, dit-il, voici le travail demandé.

Mais, à cette époque, le Roi était en train de résoudre des problèmes relatifs à l’organisation de son royaume. Contrarié, il lui dit :

« Tu vois comme je suis confronté, jour et nuit, à des problèmes d’État de la plus haute importance. Où penses-tu que je puisse trouver le temps de lire toutes ces pages ? Ne peux-tu condenser tout cela en un seul volume ? »

Chose dite, chose faite. Un an plus tard, l’écrivain se présenta devant le Roi avec un seul tome de l’Histoire de l’humanité. Malheureusement, le souverain menait alors une terrible guerre contre un autre État.

— Cette guerre me tracasse tellement que je peux à peine dormir la nuit. Mille pages ! Tu imagines ! J’aurais bien aimé avoir autant de temps libre que toi. Ne peux-tu résumer davantage cette histoire ?

— D’accord, mon Roi, répondit calmement le sage.

Et il se remit une nouvelle fois au travail. Après quelques mois, il lui apporta un condensé de deux cents pages. Le roi, était alors très souffrant, affaibli, et paraissait beaucoup plus vieux.

— J’apprécie ton dévouement. Mais, je me porte si mal que je n’ai point la force de lire même ce résumé que tu viens de produire. Je connais ton grand esprit de synthèse. Un tout dernier effort : fais-moi un petit opuscule de trente pages.

Une nouvelle fois, le sage reprit la rédaction de son ouvrage. Mais, quand il revint, le monarque était à l’article de la mort. D’une voix haletante, à peine audible, il demanda à l’écrivain :

« Mon ami !... Dis-moi…. en quelques mots… la principale… caractéristique de la vie humaine »

Alors, le sage de répondre, plein de compassion pour son Roi :

« Sire, c’est la souffrance… De la naissance à leur mort, les hommes souffrent. Comme vous, en ce moment ! Il y a la souffrance de la vieillesse, la souffrance de la maladie, la souffrance de la mort. Et ceci commence dès la naissance, la toute première des souffrances. »

Les questions essentielles

Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ? Quelle est ma raison d’être sur cette planète ? Quel est le sens de mon existence ? Voilà les questions essentielles que seul l’homo sapiens est à même de se poser et qui devraient être adressées dès l’enfance, à l’école, et ensuite tout au long de la vie. Et pourtant, l’écrasante majorité, continuellement happée par le quotidien, par le primum vivere, ne le fait pas. Cette abstention s’explique certes, par une inversion des priorités ou par la procrastination, mais aussi, par la peur : peur de ne pas trouver, peur de trouver, mais surtout de ce qu’on pourrait trouver et qui risquerait de remettre en question nos certitudes et d’ébranler les fondements de notre existence. Autant donc s'abstenir, s’en remettre à la foi religieuse, à une idéologie, ou au « scientisme », croyance illusoire que la science a réponse à tout. Les enfants, par contre, curieux de naissance, assoiffés de compréhension, nous assaillent continuellement de leurs « pourquoi » philosophiques. À force d’obtenir des réponses absurdes ou de se faire envoyer au diable, ils finissent par tout prendre comme allant de soi, devenant ainsi, par le processus de socialisation - donc par mimétisme —, semblables à leurs parents et à tout le monde. Ils cessent de se questionner. Désormais, ils ne se préoccuperont que de leurs vêtements, leurs chaussures de sport, leurs jouets, et, plus virtuellement, de leur nombre d’« amis » et de « j’aime » sur les réseaux sociaux. Plus tard, à l’âge adulte, ce sera leur compte en banque, leurs biens matériels, leur célébrité, leur pouvoir politique et ses avantages. « On ne naît pas matérialiste, on le devient », dit joliment le médecin réanimateur français Jean-Jacques Charbonier. Ces questionnements reviendront peut-être plus tard ou trop tard, lors de la mort d’un proche ou de l’imminence de la leur, ceci à l’instar du Roi de Perse. Il y a toujours une action plus pressante, plus pratique qui oblige à différer. Pour répéter Sogyal Rinpoché dans son magistral ouvrage intitulé « Le livre tibétain de la vie et de la mort » : « La plupart des gens meurent non préparés à la mort, de la même manière qu’ils ont vécu, non préparés à la vie ».

La vie et la souffrance

Mais, la vie n’est-elle que souffrance, comme semblerait le montrer l’histoire du roi de Perse ? Certes, non. Elle est vaste et globale, même si nous avons tendance malheureusement à la fractionner, à la réduire à un petit secteur, dépendant de notre champ d’intérêt ou d’action. Elle comporte à la fois, le rire et les pleurs, la tristesse et la joie, l’amour et la haine, le plaisir et la douleur, le travail et le loisir, la réussite et l’échec, le sexe et l’abstinence, l’abondance et le manque, la jeunesse et la vieillesse, la santé et la maladie… et surtout le rendez-vous final dont la date, l’heure et le comment sont inconnus, à savoir la mort. La vie serait donc une alternance, ou plutôt une oscillation perpétuelle de la joie à la peine, avec la souffrance comme toile de fond. Il y a la souffrance physique due à un traumatisme, à un handicap, à la maladie. Il existe aussi la souffrance qui résulte de la difficulté de satisfaire ses besoins de base, mais aussi d’autres, superfétatoires, créés et entretenus à travers une publicité organisée. À ceci, s’ajoute la souffrance morale ou mentale que nous nous infligeons souvent à nous-mêmes en coloriant (en interprétant) la réalité par le truchement de nos pensées, sentiments et émotions. Elle est imputable le plus souvent à nos peurs, nos attentes déçues et au cercle vicieux et sans fin du désir et de l’attachement, encouragé par une société de consommation qui survalorise les biens matériels et entretient le culte de l’ego et du paraître. Ajoutons-y la souffrance philosophique ou 3 existentielle due à l’incapacité de trouver un sens à sa vie et qui affecte généralement les nantis, ceux qui ont tout pour être heureux, mais qui pourtant ne le sont pas et ne le seront jamais à moins de changer de lunettes. On peut classer dans la même catégorie la peur refoulée de la mort, cette échéance inéluctable que nous essayons d’oublier par des activités frénétiques et que vient nous remettre en mémoire le SARS-Cov-2.

De la souffrance au bonheur

Pour Blaise Pascal, croyant, le bonheur serait « le motif de toutes les actions de tous les hommes jusqu’à ceux qui vont se pendre ». Mais, il y a la mort à l’horizon qui gâche tout. Pascal se réfugie alors dans la foi, dans l’espoir, dans l’espérance d’une vie et d’un bonheur post-mortem. Quant à Albert Camus, athée, il résume l’existence en une phrase lapidaire et lumineuse : « Les hommes meurent… et ils ne sont pas heureux ». Si les hommes ne mouraient jamais, ils se résigneraient à une existence malheureuse, car ils auraient toute l’éternité devant eux pour se rattraper. D’un autre côté, s’ils étaient heureux, ils se satisferaient d’une vie courte et accueilleraient plus facilement la mort. Or, ils sont malheureux dans une courte existence dont la caractéristique fondamentale, selon lui, est l’absurde auquel Camus répond par ce qu’il appelle « la révolte métaphysique ».

Le bouddhisme de Sidharta Gautama Bouddha, science empirique de l’esprit et philosophie de vie, soutient, à travers ses « quatre nobles vérités », que l’existence humaine est un songe, une illusion qui nous fait souffrir et qu’il nomme le « samsara ». Il propose un chemin, une discipline de vie permettant d’atteindre l’éveil. Ce dernier n’est autre que la sagesse ou « bonheur dans la vérité » que le philosophe moderne André Comte-Sponville différencie du « bonheur du fou », lequel repose sur l’illusion. Pour les adeptes de cette philosophie orientale qui collabore étroitement avec les scientifiques modernes, n’hésitant pas à remettre en question ses idées, la vie ou conscience persisterait indéfiniment. La mort ne serait qu’une transition vers une autre forme et un autre plan d’existence.

Il appert donc que les thèmes de la mort et du bonheur constituent le soubassement de la philosophie, mais ne sont malheureusement point abordés ni à l’école ni à l’Université. Pourtant, une compréhension « juste » de l’existence constitue le chemin indispensable pour mener une vie heureuse. On se rend alors compte que « tout est vanité » pour répéter le roi Salomon. Nous sommes tous, en effet, des voyageurs à bord d’un même navire, pour une même destination. Une fois arrivés au port, nous n’emporterons aucun bagage. Réaliser cela, pas d’un point de vue conceptuel ou mental, mais, quotidiennement, dans toutes les fibres de son être, permet de vivre autrement, d’être utile à la communauté, de profiter des joies et des plaisirs de l’existence, tout en acceptant les peines et en s’entraidant mutuellement. L’on vit alors, sans anxiété, avec détachement, sa putain de vie. Seul le présent est réel : le passé n’existe plus et le futur, pas encore. L’éducation à la vie est la seule voie pouvant faire de nos enfants de meilleurs citoyens, de meilleurs êtres humains, ce qui, in fine, constitue le but majeur de l’Éducation.

Dr Erold Joseph
eroldjoseph2002@yahoo.fr et eroldjoseph2002@gmail.com

Petite bibliographie
1. Matthieu Ricard, « Plaidoyer pour le bonheur », NiL éditions, Paris, 2003
2. Albert Camus, « Le mythe de Sisyphe », Éditions Gallimart, 1942
3. Albert Camus, « L’homme révolté », Éditions Gallimart, 1951
4. Marc Aurèle, « Pensées » Flammarion, Paris, 1992
5. Sénèque, « La vie heureuse, la brièveté de la vie », Éditions Flammarion, Paris, 2005
6. Sogyal Rinpoché, « Le livre tibétain de la vie et de la mort », Éditions de la Table Ronde, Paris, 2003
7. André Comte-Sponville, « Le bonheur, désespérément », Éditions Pleins Feux, 2000
8. André Comte-Sponville, « L’esprit de l’athéisme, introduction à une spiritualité sans Dieu, Éditions Albin Michel, 2010
9. Frédéric Lenoir, “Du bonheur, un voyage philosophique”, Librairie Arthème Fayard, 2019
10. Frédéric Lenoir, “Philosopher et méditer avec les enfants”, Albin Michel, 2018
11. Frédéric Lenoir “Le miracle Spinoza”, Librairie Arthème Fayard, 2017
12. Dr Deepak Chopra et Louis Ajanic “Bouddha : histoire d’une illumination”, Éditions Guy Trédaniel, 2008
13. Jiddu Krishnamurti, “Commentaires sur la vie”, 3 volumes, Éditions Buchet/Chastel, Paris, 1957
14. Sadghuru, “La transformation intérieure”, Éditions Belfont, 2018
15. Louis Segond, “La Sainte Bible”, La Ligue Biblique, Chicago, 1910




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