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Quand Haïti se prépare à recevoir l'occupation des États-Unis…!

Quand Haïti se prépare à recevoir l'occupation des États-Unis…!



Dans beaucoup de cas, les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Et ce ne sont pas les faits historiques qui vont nous prouver le contraire. Quelles sont les possibles similitudes entre les troubles que connaît la République d’Haïti depuis juillet 2018 au troisième trimestre de 2020 par rapport aux événements qui ont précédés 1915, 1994 et en 2004 ? Comment se renouvellent les acteurs complices dans le malheur collectif de la nation dans le triste décor dégradant ?

Dans l’ouvrage : «L'occupation américaine d’Haïti », de madame Suzy Castor, les lecteurs sont invités dans un voyage autour des faits historiques marquants, qui ont conduit à la première occupation américaine, quinze ans, six mois et vingt-huit jours après la commémoration du premier centenaire de l’indépendance d’Haïti, par le président de la République, le général, Nord Alexis.

Dans ce contexte de trouble et d’instabilité chronique qui traine au beau milieu du mois de septembre 2020, une ambiance hantée et en «T » (Trouble politique, traumatisme des familles, tragédie démocratique, tirs partout, trou noir dans l’avenir, etc.) au pays de Charlemagne Péralte, tout laisse croire qu’on est en train de revivre pratiquement les mêmes périodes qui ont précédé ce tournant géopolitique dans l’histoire d’Haïti, avant le 28 juillet 1915.

Décor funeste contemporain, Haïti près de cent cinq ans après, persiste et signe pour accueillir une nouvelle occupation étrangère. Pourquoi et comment ? Qui sont les nouveaux acteurs complices dans l'humiliation du rêve des Pères fondateurs de la patrie ? Comment identifier les éléments qui composent ce nouveau levier de la prochaine occupation ? Que nous enseigne l’ouvrage : « L'occupation américaine d’Haïti », de l’auteure Suzy Castor, sur la situation haïtienne à la veille de l'occupation (la première), qui a reçu le premier prix 1987, décerné par la Société haïtienne d’Histoire et de Géographie ? Autant justifier la pertinence d’un tel ouvrage, parmi tous les autres qui relatent et rapportent ces pages d’histoires qui semble encore s’actualiser.

Dans le premier chapitre qui compose la première partie, on retient les thèmes suivants : la situation à la veille de l’occupation, particulièrement la situation économique, mettant en valeur la structure agraire, la structure et la tendance du commerce extérieur, l’imbroglio financier, et la pénétration du capital étranger. Le rapport entre les forces sociales, notamment les classes dirigeantes, les secteurs moyens, et la paysannerie.

Découvrir les causes de l’occupation est possible à travers le deuxième chapitre, en survolant les sous-thèmes comme : La politique étrangère américaine, l’expansion économique et politique, l’intervention de l’armée dans les Caraïbes, le poids des facteurs stratégiques, qui permet de comprendre le péril européen entre mythe et réalité, en dehors du facteur stratégique. La motivation économique fondamentale relative à la National Railroad Co, la Banque Nationale et la diplomatie du dollar, sont à retenir dans cette analyse des faits inconstatables relatifs à ce débarquement. Comment actualiser ces trois derniers facteurs dans le contexte actuel haïtien autour d’une entreprise, de la finance et de la devise ?

De l’imbroglio financier, on retient dans le premier paragraphe de l’ouvrage que : « Le budget haïtien s’élevait, dans la première décennie du siècle, à une moyenne de 10 à 12 millions de gourdes (La gourde au pair ave le dollar). Cette valeur était sujette chaque année à de fortes variations selon le mouvement d’exportation et les fluctuations du change. Équilibrer le budget constituait en tout temps un véritable casse-tête, qui obligeait le gouvernement à de nouvelles obligations avec l’intérieur ou avec l’extérieur, ou à recourir à l’émission pure et simple de papier-monnaie. ».

D’une crise générale de la société féodale haïtienne, s’accentuait aussi le chaos financier, nous rapporte l’auteure, à la veille de l’occupation américaine. On pourrait retenir : « La dette extérieure avait augmentée au point de dépasser la capacité de paiement de la nation. », jusqu'à conclure : « À partir de 1914, le chaos politique plongea l’économie, les finances et la vie nationale dans le désespoir et l’anarchie. ».

Dans l’écroulement du pouvoir établi, on peut souligner au début de la page 37, que : « Le président Nord Alexis demeura six ans au pouvoir, de 1902 à 1908, parvenant à résister aux nombreuses insurrections qui annonçaient la grande crise nationale. Son gouvernement fut le dernier gouvernement stable. Après vinrent les gouvernements connus sous l’histoire nationale comme « éphémères » ; sept gouvernements en sept ans. »

Durant la seule année 1914, trois présidents se succédèrent, renversés par des insurrections. En mars 1915, le général Vilbrum Guillaume Sam prit le pouvoir. Il avait une carrière politique, déjà chargée : ancien sénateur, ancien ministre, il avait été compromis dans un scandale financier sous le gouvernement de Nord Alexis. Ce fut le dernier gouvernement avant l’occupation. Élu pour un gouverner sept ans, il se maintient au pouvoir quatre mois à peine. »

D’autres points aussi importants abordant la période couvrant cette première occupation d’Haïti par les États-Unis, entre l’impérialisme américain d’Haïti, la résistance populaire et collaboration des classes dirigeantes, la mise en place de l’appareil ne-colonial, ont été abordés également dans l’ouvrage de la professeure Suzy Castor, qui fait figure d’une classique sur ce sujet dans la littérature francophone.

Déclic en cours, ou à venir, avec ces événements en cascade qui nous arrivent sur le tapis. Tanpis pour les fervents nationalistes qui pourraient dans l’intervalle de moins de quatre décennies, ruminer une nouvelle occupation servie par l’un de nos plus proches et plus puissants pays voisins, disposant de l’une des plus importantes infrastructures diplomatiques de la région sur notre territoire à Tabarre. Rendez-vous dans les trois cent dix-sept pages qui composent cet ouvrage d’histoire, qui raconte si bien notre mal d’exister en tant que nation libre et prospère, pour mieux comprendre le rôle complémentaire et complice des élites, des dirigeants et de la population dans le suicide collectif, à travers l’assassinat du rêve des Pères fondateurs de la patrie, et dans l’empoisonnement du bien-être et de l’avenir des enfants ne disposant pas de pays de rechange en dehors d’Haïti.

Dommage pour l’intelligence collective ! Des pages soigneusement écrites par une grande figure féminine de la littérature contemporaine, pour mieux comprendre les dates, les faits et les acteurs dans leurs rôles, leurs responsabilités partagées, et les revers géopolitiques de l’histoire en 1915.

Définitivement, quand Haïti se prépare à accueillir l’occupation américaine, le pays devient invivable ou même hanté. Le tissu social se tétanise, des fils et filles du pays se terrorisent, les couches saines de la population se taisent, d’autres s’entre-tuent, les familles sont traumatisées, le bien-être des enfants terrorisé, la dignité des ancêtres trahie, les survivants les plus nationalistes tentent de tirer la sonnette pour crier au secours au blanc. Ce dernier trouvera ainsi une bonne raison pour reprendre place à l’horizon, comme en 1915, en 1994, en 2004, et peut-être moins de dix-sept ans après, en attendant que nos dirigeants politiques et les élites deviennent majeurs.

Dominique Domerçant




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