RTPacific Contact Avis
 
29° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

Rara: un autre rendez-vous manqué à Léogane !

Rara: un autre rendez-vous manqué à Léogane !





Chez tous les inconditionnels, venant de Port-au-Prince, du rendez-vous festif et traditionnel de Léogane, c’est le même refrain : « désolé, je ne prendrai pas le risque de traverser l’entrée sud de la capitale par peur de gonfler les statistiques des bouchers de la République ». La ville des Rara, Léogane jadis, est devenu depuis quelque temps trop éloigné, et séparé de la capitale haïtienne par les murs de l’insécurité.


Quoi faire des défilés des bandes de Rara, en veux-tu, en voilà, dans les rues de la zone métropolitaine? Par quels moyens ces groupes de musiciens à pieds, tout en s’amusant, peuvent-ils participer au renouvellement des traditions ancestrales authentiques du Rara ? Cette culture métissée avec les apports des Taïnos, des Européens (espagnols, français) et surtout des Africains et leurs multiples pratiques mystiques, militaires et festives du Vodou. 

Les défilés de Rara remontent aux temps amérindiens et rappellent la marche des gardiens du cortège de la reine Anacaona, quand elle se rendait dans l’Artibonite pour rejoindre son mari, Caonabo, l’un des premiers révoltés contre la colonisation espagnole et des crimes contre l’humanité commis par les pairs de Christophe Colomb.


Danser aujourd’hui, avec les pieds enchainés par la peur d’être victime du prochain enlèvement contre rançon, n’a rien de festif. Il nous faut réinventer l’essence de ces bandes qui chantaient les mœurs de la campagne comme dans nos villes orphelines de loisir et de bien-être commun. Un autre rendez-vous manqué, non pas à Léogane, qui va quand même fêter malgré son isolement.

Ils seront nombreux ceux et celles, les familles, les jeunes, les pratiquants et gardiens de ces traditions qui ne vont pas prendre le risque de rentrer en Haïti pour le Rara, ou encore de traverser la capitale haïtienne pour atteindre les rues de la ville de la reine, qui accueillent la finale de ces compétitions de quarante jours.

Par ces temps d’épreuves politiques, le Rara, contrairement au Carnaval national, ne bénéficiera pas des mêmes mobilisations sur le plan financier et sécuritaire. Cela dit, aucun professeur n’enverra ses élèves et ses étudiants danser et s’amuser à Léogane. Personne ne conseillera à ses amis et ses collaborateurs d’aller découvrir les costumes et les instruments, les chorégraphies et la poésie, les chansons et les rituels, les noms des bandes et la hiérarchie des fonctions dans le Rara, et tous les secrets qui renforcent le pouvoir des bandes pour traverser les nuits imprévisibles de l’Haïti.

Derrière tous les efforts consentis par les responsables et supporteurs des bandes de Rara d’ici et d’ailleurs, et les soutiens qui viendront de l’État central, de la Mairie et de quelques mécènes, l’attente pour voir inscrire le Rara dans la Liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO risque de persister. Et, surtout l’inscription de ces traditions dans les manuels scolaires en Haïti, pour une valorisation plus intelligente et durable de ce patrimoine dans le système éducatif et l’économie nationale est de plus en plus compromise.

Dire que les rares festivaliers qui prendront le risque de traverser les zones de non-droit, qui entourent la cité d’Anacaona, ne trouveront pas un haut lieu d’histoire et de mémoire autour de cette richesse culturelle multidimensionnelle, que seul un musée du Rara pourrait offrir à travers la découverte de ses collections lors des expositions, animations et créations.

Dommage pour Léogane ! Un autre rendez-vous manqué, cette année, pour valoriser, selon les normes des industries culturelles actuelles, son Rara, qui constitue sa principale carte de visite.



Dominique Domerçant




Articles connexes


Afficher plus [1208]