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Servir sa patrie et mourir d’inattendu

Servir sa patrie et mourir d’inattendu



Il n’y a pas plus totalitaire que la peur. Cette émotion paralysante est une arme redoutable connue de tous ceux qui se sont spécialisés dans les pratiques de lutte pour obtenir, capter ou garder le pouvoir. Tout le monde en Haïti connait au moins quelqu’un qui connaît quelqu’un qui peut tuer et qui a déjà tué en toute impunité. On pourrait remplir un bottin téléphonique avec les noms de criminels-notables, de criminels-chefs, de criminels-entrepreneurs jusqu’aux criminels leaders et têtes de pont de leurs quartiers. Il s’agit d’une délinquance débridée utile aux faiseurs de pays, mais dévastatrice pour une société pour laquelle l’inattendu arrive tellement vite qu’elle nous console avec le flou, bien entretenu, de la résilience à défaut de la résignation (terme plus ou moins démodé).


Le meurtre de Jacques Pierre Matilus, au-delà de l’indignation et du trauma qu’il suscite, est un signe plus qu’évident que la mobilité sociale, par l’effort et le respect de la République, est une provocation en Haïti. Par conséquent, le citoyen honnête, sans histoires particulières, sans casseroles lourdes à trainer, est une menace à abattre pour nos « concepteurs de pays ». Des rizières de l’Estère aux postes de représentation ou de décision pour le compte du ministère des Affaires étrangères, agence gouvernementale principale pour la mise en œuvre et le suivi des Relations extérieures de la République, Me Matilus a servi, dans la droiture, sa communauté d’origine, la diaspora haïtienne et l’État. Quand on vient de l’Artibonite, élevé dans la réalité « batonki nan men w, se avè l ou pare kou » pour défendre ses terres et ses parents paysans contre la voracité des « grandons » de la capitale, il n’y a pas de situation plus humiliante, plus révoltante, que de mourir sans pouvoir se défendre après avoir regardé son agresseur dans les yeux.

À bien réfléchir, il serait nécessaire d’avoir des lois et d’établir des procédures qui permettraient aux familles des victimes d’assigner devant les tribunaux la Police et les structures responsables de la sécurité publique pour manquements graves à leurs devoirs et pour complots contre les Haïtiens. L’expression de l’insécurité, à travers des actes de grande barbarie, inquiète moins que ce règne de l’impunité absolue. Après le constat du juge de paix, comédien sans vraiment le vouloir du système, suivront les funérailles, l'amoncellement des condoléances sincères et la fin d’une enquête jamais entamée.

Pour faire diversion au milieu d’une crise politique corsée, il n’y a pas mieux qu’un meurtre à la fois crapuleux et sensationnel.

On notera que jusqu’au mois de février 2021, la peur nous a décérébrés. Depuis quelque temps, on vit et agit, dans ce pays, le nôtre, par instinct. Chaque survivant de l’insécurité devient une menace à contrôler à défaut de l’éviter. Ou une cible.

Nous sommes témoins et acteurs d’un épisode violent de notre histoire de peuple. Le pays est rongé par des luttes, pour le moins indéchiffrables, de clans politiques incapables de s’exprimer autrement que par la violence aveugle et la terreur.
L’espoir est permis, mais il semble tellement loin et inaccessible.

Jean-EuphèleMilcé




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