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Presse, Police et bavures

Presse, Police et bavures



Disons-le d’entrée et d’emblée : la presse haïtienne, en ces temps de crise, n’a pas « bonne presse », pour reprendre une formule forte d’Edwy Plenel dans son avant propos du livre de Jean Schwoebel : « La presse, le pouvoir et l’argent ». Il est banal de s’étonner des commentaires virulents, pour le moins, portés et popularisés, à tort ou à raison, par la belle magie des réseaux sociaux. Le citoyen ordinaire semble aussi avoir intégré qu’au sein d’une certaine presse s’est développé des pratiques peu éthiques.

Pourquoi la population devrait-elle se priver de dénoncer les dérives mesquines et les jeux de manipulation à dessein bassement pécuniaire (« machann mikwo ») de certains acteurs de la presse ?

Pourtant, loin de vouloir minimiser les préoccupations sérieuses, légitimes ou fantaisistes de la population, les responsabilités des journalistes dans la production et la diffusion d’une information libre et de qualité sont énormes et nécessaires dans la construction et l’entretien d’un État de droit. En même temps, il est indéniable que la presse fait peur, et ce depuis toujours. Généralement, et quand elle est de qualité, elle s’investit dans l’établissement de la vérité des faits, dans la dénonciation des abus et même dans la démolition de tous les actes que les gouvernants veulent imposer comme des secrets d’État. Bien entendu, les gouvernants et les maitres de l’économie se méfient toujours de la presse qu’ils veulent limiter à des fonctions de divertissement et de distraction. Quand cela les arrange.

Aujourd’hui, dans les rues de Port-au-Prince, fait pour le moins inquiétant, les journalistes ont marché pour dénoncer les brutalités policières qu’ils subissent dans l’exercice de leur fonction. Comme si les graves et lourdes suspicions qui pèsent sur certains journalistes ne suffisaient pas, comme si la dénonciation quotidienne de la médiocrité, du mercantilisme et de la partisanerie de certains n’était pas assez, ils doivent exercer leur métier en courant le risque d’être brutalisés ou bêtement assassinés par la force publique. Évidemment, il n’est pas difficile de comprendre que les journalistes assurent la nécessaire fonction de vigilance, critiquent et dénoncent les pratiques anti-démocratiques, à la limite barbares, des agents de la Police nationale. Peut-être que la presse ne trouve pas toujours les mots assez doux pour expliquer que ce n’est pas le métier de la Police de tirer, sans raison, sur des manifestants qui exercent leurs droits politiques et réclament l’arrestation des bandits, tous calibres, qui tuent, volent, violent et kidnappent sans être inquiétés.

Il est tout simplement impensable que la Police nationale casse du journaliste le lundi et utilise la presse le mardi pour défendre son bilan, maquiller ses échecs et faire passer des messages auprès de la population.

Pour protéger la démocratie, le rôle de la Police nationale est aussi important que celui de la presse. Ce n’est pas pour rien que la Constitution de la République, encore en vigueur, dispose dans son article 28.1 que « Le journaliste exerce librement sa profession dans le cadre de la loi. Cet exercice ne peut être soumis à aucune autorisation, ni censure, sauf en cas de guerre ».

Jean-Euphèle Milcé




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