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Le mystère autour du taux de change

Le mystère autour du taux de change



En Haïti, nous sommes capables du meilleur comme du pire. La saga du taux de change est le parfait exemple. Le secret qui entoure la question du taux de change en Haïti semble dépasser l'entendement humain. En un temps record le dollar américain s'était apprécié à vitesse vertigineuse. Les économistes haïtiens avaient expliqué cette montée rapide du dollar par la faible production nationale, l'instabilité politique, l'insécurité qui contraint les touristes à ne pas séjourner dans nos murs et autres. Sans résoudre aucun de ces éléments considérés comme des irritants pour le développement de l'économie nationale, la gourde, à son tour, s'est mise à s'apprécier laissant nos économistes dans l'expectative, les acteurs économiques dans la spéculation et les consommateurs dans la plus grande incertitude.

Personne n'est en mesure d'expliquer avec science ce qui est en train de se passer sur le marché des changes. Comme on a fait mentir les experts qui ont formulé des projections alarmistes dans le cas du coronavirus, il semble aussi qu'on est en train de faire mentir les modèles économiques traitant la matière. En règle générale, les économistes tablent sur les deux principales théories traditionnelles de la détermination du taux de change qui sont la parité des pouvoirs d'achat et l'approche du taux de change par la balance des paiements pour expliquer la dépréciation de la gourde par rapport au dollar. De nos jours, la gourde s'apprécie sans qu'aucun des paramètres ci-dessus évoqués (stabilité politique, augmentation de la production nationale, rentrée de devise, etc.) ne soit pris en compte, à l'exception de l'injection des dizaines de millions de dollars sur le marché des changes en vue de sa stabilisation par la Banque de la République d'Haïti.

Ces mesures de la BRH ont été déjà adoptées par le passé et durant même l'administration du gouverneur Jean Baden Dubois. Ceci, à plusieurs reprises. Les effets de ces mesures se sont toujours révélés vains ou de courte durée. Ils sont souvent qualifiés par des économistes d'opérations thérapeutiques et/ou cosmétiques. Qu'est-ce qui explique aujourd'hui cette appréciation accélérée de la gourde par rapport au dollar américain? Les mesures de la BRH sont-elles efficaces? Si oui, pourquoi n'ont-elles jamais produit ces effets avant? Sinon, à quoi est due cette appréciation puisque rien n'est fait pour diminuer le déficit de la balance commerciale? Les sanctions infligées à certaines banques commerciales, ont-elles joué un rôle dans ce jeu de poker menteur? Pourquoi les acteurs économiques se sont-ils montrés si inquiets?

À ce carrefour parsemé d'incertitudes, les autorités politiques, financières et monétaires qui semblent détenir le mystère du taux de change doivent sortir de leur mutisme pour expliquer, éclaircir et rassurer. Expliquer à quoi est due cette appréciation tant souhaitée par certaines couches de la population, éclaircir ce mystère qui plane autour du taux de change dans le pays depuis bien des années et rassurer les acteurs économiques qui se montrent de plus en plus tourmentés, à tel point que l'un des responsables du secteur textile menace même de faire le dépôt de bilan si la gourde poursuit sa course à ce rythme.

Le taux de change tel qu'il se pratique de nos jours demeure un véritable mystère même pour les économistes qui sont divisés autour de cette question. Pour certains, l'appréciation de la gourde ne sera pas trop profitable à l'économie nationale alors que d'autres y voient une aubaine et pensent que le taux peut même atteindre le seuil de 25 gourdes pour un dollar. À cette phase où personne ne semble détenir la vérité, l'université devrait s'atteler à la tâche, à travers des études sur ce cas d'espèce, pour apporter le mot de la science et même aboutir à de nouvelles théories. Malheureusement, on est très loin de là.

Entre-temps, on attend le budget pour savoir à partir de quel taux l'État, lui-même, a pu faire ses prévisions budgétaires. Avec cette spéculation autour du taux de change, rien n'est rassurant même si les conséquences de l'appréciation de la gourde commencent à se répercuter dans le panier des ménages où les prix de certains produits de première nécessité ont été revus à la baisse. Malgré tout, les incertitudes demeurent encore sur les retombées et la durée réelles de ces mesures. L'État, via le ministère du Commerce et de l'Industrie, doit se montrer intransigeant pour faire respecter les mesures relatives à l'affichage des prix des produits au vrai taux du jour.

Bref. Ce débat généré par le taux de change a mis au grand jour le grand contraste de la société haïtienne. Une frange applaudit l'appréciation de la monnaie nationale, une autre s'en plaint. À ce niveau, l'État, comme garant des intérêts, se doit d'intervenir pour faire la part des choses, assurer l'équilibre social et enclencher le développement économique du pays au profit du plus grand nombre avec la participation des plus capables.

Noclès Débréus




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