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Pour que le grain ne meurt !

Pour que le grain ne meurt !



« Parfois on va chercher du bois mort

Et on rapporte des fagots »

Il arrive que les villes décident de rendre hommage à leurs dignes représentants, à ceux qui d’ une manière ou d’une autre ont marqué d’une pierre blanche leur passage dans une cité. Dans un récent éditorial, nous déplorions le fait que certains grands hommes du Nord comme Anténor Firmin dont la maison a été incendiée lors d’évènements politiques regrettables ne soient considérés à leur juste valeur.

Ce pays est connu pour son aversion à rendre justice à qui justice est due. La question des modèles à mettre en valeur a toujours été un problème de société. Tant et si bien qu’à part quelques statues de héros trônant fièrement au Champ-de-Mars, tristes témoins de nos combats fratricides, il existe moult savants, hommes de lettres, artistes célèbres demeurés inconnus parmi nos jeunes, parce qu’il existe que trop peu de rues ou places publiques pour les rendre un hommage atemporel.

Il en résulte une grosse lacune dans ce qu’on appelle le devoir de mémoire et peu de modèles à offrir à nos jeunes par ces temps de scandales et de fureur. Aussi avons-nous une société dissociée, brisée dans ses fondements collectifs, blessée mortellement dans sa mémoire. Des bribes de mémoire blessées qui entretiennent d’autres silences.

La ville de Jacmel a décidé récemment de baptiser certaines rues du nom de quelques notables de la ville aujourd’hui disparus. Il s’agit d’une initiative qui n’a pas laissé indifférents les habitants de la ville et dont certains confrères ont salué au passage le geste des édiles de la cité d’Alcibiade Pommeyrac.

Nous espérons que ce n’est qu’un début, car Jacmel mérite bien de se souvenir du professeur Jean Claude, l’un des grands défenseurs auprès de l’ambassadeur de France Bernard Dorin de la réalisation de la Route de l’amitié et du lycée d’excellence Alcibiade Pommeyrac.

Le professeur Jean Claude fut un grand éducateur qui forma des générations de jeunes Jacméliens et Port-au-princiens. Revenu de ses études de philosophie à la Sorbonne, il fut avec d’autres amis de la même Université et autres grandes écoles parisiennes, le co-fondateur du Centre d’études secondaires.

Tous les vendredis, il prenait la Route de l’Amitié pour se rendre dans son patelin y donner cours et passer le week-end avec sa famille .Le professeur Jean Claude fut un brillant causeur, un homme vertical, défenseur des valeurs d’un christianisme progressiste et tolérant. Le professeur de philosophie connut les geôles de la dictature et soutint de toutes ses forces ses camarades de cellule. Un jour des gardes durent intervenir parce que le bouillant professeur avait eu le bagout de distraire ses camarades avec ses histoires désopilantes. Le rire à Fort Dimanche, l’antichambre de la mort, quoi de plus subversif !

Un jour qu’on lui apporta une nourriture « infecte », immangeable comme c’était la coutume dans ce lieu mortifère. Il harangua ses camarades : « Allons, mangeons et laissons au dictateur le loisir de contempler des cadavres bien gras !». Tel fut ce grand citoyen jacmélien que j’eus le bonheur de connaître et d’accompagner parfois dans ses périples dans le Sud-Est.

Un autre grand ami jacmélien dont le nom fait encore frémir de fierté les habitants de cette cité est Claude Craan. Disons Claudy Craan, ancien maire aux allures révolutionnaires. Claudy passa sa vie entière entre l’exil et la lutte armée contre la dictature. Défenseur des pauvres et porte-parole des paysans, ce grand athlète au port altier et professeur d’arts martiaux croyait au principe sacro-saint de la force au service du bien.

Claudy fut un défenseur des causes perdues dans ce pays ou la raison du plus fort est toujours la meilleure. Il connaissait par cœur l’histoire orale de sa ville depuis Mérisier Jeannis jusqu’à ses contemporains avec qui il croisa quelquefois le fer au nom de tous les laissés pour compte. Issu d’une famille illustre de la ville, il mena une existence à la limite de la précarité.

Il ne voulut plus faire de politique active tant que celle-ci ne fut mise au service du peuple. Le grand marginal, féru de philosophie et de métaphysique, sorte de templier post-moderne préférait le grand large. Marin de son état, il aimait me conter ses aventures dans son rafiot bercé par le vieux vent caraïbe.

Claudy Craan fait partie de ses hommes debout dont la ville de Jacmel peut être fière. Nous espérons que les effets désastreux du copinage politique ne le laisseront longtemps encore dans les oubliettes d’une histoire dont il fut un des grands acteurs.

Roody Edmé




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