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Sublimation esthétique de Pascal Faublas

Sublimation esthétique de Pascal Faublas



L'art n'est pas seulement quelque chose qui n'est en rapport qu'avec les objets et non pas avec les individus ou avec de la vie... Même s'il s'effectue avec des objets, il est la projection de soi de l’individu qui le crée. En plus, cette « esthétique existentielle », que prônait Michel Foucault, se réalise dans les performances artistiques où l'artiste expose son corps suivant différentes positions et manières.

L'effet de créer, c'est de donner naissance à une communication neutralisante qui consiste à s’expérimenter artistiquement avec soi-même et autrui. Autrement dit, l’artiste, en créant essaie de mimer son existence comme il entend mimer sa pensée organiquement. Cette démarche dialogique qui l’aliène depuis que ses parents l’avaient initié au dialogue dans le babil. Devenant artiste, il s’abstient pour déléguer la parole au monde, pour animer le monde à travers le jeu de l’art ou des langages comme ironie existentielle.

Il est impossible pour le mental de créer une chose sans que les sens ne fussent pas en contact avec celle-ci. Parce que, c’est à partir de ce contact que le mental va stocker les informations afin de développer des langages ou des images. Sans vouloir affirmer que l’œuvre d’art vient d’un modèle, la création même en soi suppose un référent. Un référent qui soit capable de guider l’anatomie plastique du peintre surtout quand il s’agit d’un artiste figuratif. L’homme crée le monde à son image et le monde n'est monde que s’il arrive à mettre son mot sur ce monde et vivre à travers ce monde. Et le monde qu’il n’arrive pas à nommer, à comprendre n’est pas monde. Autrement dit, le monde mental est animiste, aliéné par les sens dans l’identification des choses du monde, il devient impensable de parler des choses sans des références phénoménales. D’ailleurs même ce qu’on entend par les réalités nouménales, le mental du vivant humain les fait subir l’expérience de matière et de nomination.

Ceci dit, l’acte de peindre du vagin par Pascal Faublas tient le rapport direct avec son monde. Un culte d’organe qui ne serait pas inintéressant de le saisir au prisme d’une projection narcissique. Une sorte de tentative plastique masturbatoire primitiviste pour ainsi dire le chemin par lequel tout a été créé. Une reconnaissance. Source de toute guerre et de bonheur. La porte qui ouvre sur l’existence.Attraction pulsionnelle primaire, le sexe. L’origine du monde pour faire référence à Gustave Courbet et la bouche de la nature de Denis Diderot. Le sexe, le lieu où se lit, où se dit notre vérité profonde. « Dis-moi ce qu’il en est de ta sexualité, je te dirai qui tu es », dit M. Foucault.

Par cet acte, Mme Faublas sort du double jeu. Créatrice après dieu, concurrente de dieu et créatrice de passage métaphorique de naissance en tant que femme. Le vagin crée par passation.L’artiste crée par passation.Tous les deux subissent l’effet du passage.Ils sont des canaux. En un mot, culte de concert de création. Donner naissance n’est-elle pas déjà une performance existentielle, vitale ? Pourquoi l'artiste en tant que femme a-t-elle besoin de représenter un organe sur un médium alors que celui-ci fait partie de son anatomie ? Fuit-elle l’éthique ou la morale chrétienne qui l’empêche de se regarder soi-même et voir son désir se réaliser dans l'art ? Étant donné, tout comme l'art, l’acte sexuel sublime, l'exhibition de cet organe plastiquement, n'est-elle pas une performance sublimatoire ou une décharge et d'orientation fantasmagorique à l’opposé de l’esthétique existentielle?

En d’autres termes, cette obsession du vagin ou cette démarche libertaire plastique de Pascal Faublas, n’est-elle pas une sublimation représentative de son tableau consommatoire qu'elle vit en hiatus dans le sens de Bernard Stiegler. C'est-à-dire, puisqu'elle est contrainte par la censure culturelle psychanalytique ou la morale chrétienne d’exposer son organe génital au grand public dans l’idée d'une « esthétique existentielle », elle le réalise à travers le jeu de l’art sous différentes formes et manières. L’art lui permet d’expérimenter son culte de soi, de figurer sa gratification ou de contourner le lieu direct de son épanouissement individuel. D'ailleurs, ce qu’elle représente sous différentes manières pour mieux vivre son fantasme comme dose gratificatoire et de bonheur. Mme Faublas n’est pas l’artiste franco-italienne Deborah De Robertis dans un geste performatif qui exposait son sexe au Musée d’Orsay. Peut-être qu’elle n’est pas encore arrivée à ce stade de conscience artistico-foucauldienne pour dire « faire mon corps une œuvre d’art» ou de subir l'influence représentative des adeptes des guédés du vaudou en état de transe ou de théomorphose?

L’art a toujours été un espace consensuel, un espace de réalisation supérieur. C’est le lieu par lequel comme zone d’ataraxie les pulsions les plus enfouies se déversent. Mme Faublas, dans son prétexte des détails du quotidien, veut faire voir ce qui est caché, mais qui est beau dans son essence par cette vision de liberté sexuelle, opérée par la confession picturale. Elle hésite d’affronter le plaisir de son corps ou de sa chair sans avoir besoin d'un tiers. C'est une demi-vérité qu'elle énonce afin d’éviter les calomnies des puritains dans l'exercice de son art. Intelligemment, elle s'excuse les interdits et les obligations des yeux chastes pour garantir sa survie d'artiste dans un pays qui a peur de lever les tabous, de donner naissance à d'autres morales et cultures, d'autres formes de visions.

Pascal Faublas sait ce qu’elle représente pour ainsi dire elle n’a pas besoin d’être un Léonard de Vinci pour expérimenter l’anatomie du vivant humain, le vagin d’une femme. Elle le représente avec perfection et savoir-faire. Néanmoins puisque cela se réalise dans le champ de l'art, ce geste d’ersatz tue toute tentative ou de possibilité de « rhétorique de l’authenticité et de libération sexuelle».

Orso Antonio DORELUS




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