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Le Conseil représentatif de la communauté haïtienne de France (CORECOHF)



Le CORECOHF se veut l’outil de cristallisation et de dynamisation de la communauté haïtienne de France, mais aussi l’aiguillon pour une fédération des expatriés haïtiens à travers le monde afin d’inciter à la bonne gouvernance d’Haïti. Le national a rencontré Lorfils Réjouis, président du Conseil représentatif de la communauté haïtienne de France (CORECOHF).


Le National : Merci de répondre aux questions de Le National. Si vous deviez vous présenter pour nos lecteurs, que diriez-vous de vous ?

Lorfils Réjouis : Je vous remercie de vos questions. Mais juste avant de vous répondre, je voudrais vous souhaiter une belle année 2021. À travers Le National, je souhaite à mes compatriotes le meilleur également.

Cette nouvelle année ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices. Je lis votre éditorial «La grande peur !». Mais nous devons rester debout, faire preuve d’audace chaque fois, refuser ce que d’aucuns considèrent comme une fatalité. Alors, je souhaite une santé robuste à chacun de vous, une inébranlable détermination pour affronter résolument les adversités.

Que dire de moi pour me présenter sinon que je suis né à Port-au-Prince le 2 janvier 1956. J’ai fait mes études élémentaires à Hermann Hérault, une école nationale de garçons qui se trouvait à Martissant le quartier où j’ai grandi.Cette école nationale a été brûlée depuis par les gangs. Comme la petite maison où je vivais.J’ai également fait une bonne partie de mes études secondaires au lycée Alexandre Pétion.

J’ai quitté Haïti à mes 28 ans. Je vis en France depuis 1984. J’ai repris mes études.C’était indispensable. Je fréquentais pendant un moment la faculté Jean-Monnet Université Paris/Saclay pour étudier le droit. Par pragmatisme, je lui ai préféré une école d’animation et de médiation sociale. Il fallait une formation courte pour pouvoir travailler. Le diplôme obtenu, je travaille depuis quelques années pour une collectivité territoriale de la région Île-de-France comme technicien de l’éducation populaire et de la jeunesse.

Mon travail me permet de continuer à m’instruire en lisant beaucoup, en me formant, en voyageant. Je suis auteur de 5 ouvrages. Les deux derniers ont paru le 4 décembre dernier chez Anibwe éditions.

Je suis marié, père de quatre enfants,- l’aîné nous a quittés subitement et heureux grand-père de cinq magnifiques petits-enfants.

Très engagé pour l’amélioration des conditions d’existence en Haïti, j’y reviens souvent, président d’une association, pour mettre en place des projets en lien à l’instruction, à l’apprentissage de la citoyenneté, au développement social et économique à Port-au-Prince, à Léogâne et à Butète de Fonds des Nègres.

Mes centres d’intérêt sont la littérature, la poésie, les voyages, la vie associative, la solidarité. Je suis panthéiste.

L. N. : Vous êtes président du Conseil représentatif de la communauté haïtienne de France (CORECOHF). Pouvez-vous nous présenter cette structure ?

L. R. : Le Conseil représentatif de la communauté haïtienne de France (CORECOHF) est une association de valorisation, de dynamisation et de protection de la communauté haïtienne de France. Même si le mot communauté fait encore débat entre nous.

Résultat d’une longue concertation, le CORECOHF tend à représenter la communauté et à fédérer ses différentes composantes.

«Apolitique» et non confessionnelle, l’association veut mettre en lumière les réussites de la communauté haïtienne danstous les domaines pour créer les conditions de l’émulation afin de pérenniser ces réussites. Le CORECOHF a été déclaré le 3 mars 2018 à la préfecture de Paris. Il fonctionne légalement.

Le CORECOHF n’est pas une plateforme d’associations.Il n’intègre pas des personnes morales.Il peut en être partenaire. (www.corecohf.org)

Il s’organise autour d’un conseil d’administration de 16 membres dont 7 constituent le bureau, de 10 commissions de 10 membres, traitant des thématiques diverses, et d’un observatoire de 16 membres composés de docteurs, d’ingénieurs, de master 2, de pasteurs, d’écrivains, d’avocats, d’administrateurs, de chauffeurs de taxi, de professionnels divers. L’observatoire est un outil d’aide à la décision.

Le CORECOHF a son siège social au 133, rue de Saussure, 75 017 Paris

Il est joignable au 0033 676 317 874, mais aussi par email «corecohf@gmail.com»

L. N. : D'où vient l'idée de créer cette structure ? Quels sont vos objectifs ?

L. R. : La structure résulte d’une gestation de 5 ans au cours de laquelle nous nous interrogions sur le caractère diffus des associations malgré les tentatives de la plateforme des associations franco-haïtiennes (PAFHA) pour créer une synergie. Il y avait aussi un très long questionnement sur le concept «communauté». Comment la cristalliser ? Que faire pour la rendre dynamique, visible et solidaire tandis qu’il y a pléthore d’associations ? Comment la représenter puisque personne n’en a jamais exprimé cette volonté ?

Cette problématique avait fait l’objet de plusieurs rencontres au cours desquelles de fortes oppositions s’étaient exprimées, mais des avis favorables aussi. Nous avions surtout fait valoir que la balkanisation, le morcellement des acteurs associatifs haïtiens défavorisait le dynamisme que nous recherchons. Cet émiettement rendait presque inopérantes les actions tendant à la visibilité des Haïtiens en France et en faveur d’Haïti. Il avait fallu insister, faire valoir les vertus du collectif pour avoir une communauté à représenter.

L’idée venait aussi d’un concours de circonstances : l’association pour le rayonnement culturel d’Haïti et de son environnement (ARCHE) dont je suis le président a reçu un prix en 2015 de l’Ambassade d’Haïti, et son président a été décoré en 2016 par l’État français au titre de sa contribution éminente aux relations entre la France et Haïti. Il fut reçu par le président du Sénat français, M. Gérard Larcher, et à l’Élysée par le président de la République, M. François Hollande.

Ces reconnaissances devaient être mises à profit pour aider, faire des émules. J’ai toujours pensé que les expatriés haïtiens ne doivent pas perdre de vue le bien-être d’Haïti.L’idée de créer cette structure vient de là. Le CORECOHF a été créé pour rappeler de manière obsédante aux expatriés qu’Haïti ne s’en sortira pas sans eux et que tout doit être mis en œuvre pour qu’ils soient visibles, dynamiques et solidaires.

L. R. : Le CORECOHF se veut l’outil de cristallisation et de dynamisation de la communauté haïtienne de France, mais aussi l’aiguillon pour une fédération des expatriés haïtiens à travers le monde afin d’inciter à la bonne gouvernance d’Haïti. Ses objectifs sont les suivants :

- représenter la communauté haïtienne de France en intégrant l’ensemble de ses composantes,

- fédérer les initiatives de celles-ci en vue de les rendre dynamiques et visibles tout en appliquant le principe de subsidiarité1 pour respecter leurs compétences spécifiques. Le Conseil n’a pas vocation à remplacer les structures existantes, mais à établir des partenariats avec elles pour rendre la communauté haïtienne plus visible, plus dynamique, plus solidaire. En ce sens, et d’un commun accord, il peut être appliqué le principe de suppléance2,

- institutionnaliser la journée de la communauté haïtienne de France pour créer la synergie et garder soudées ses différentes composantes,

- organiser le dîner annuel de la communauté pour rechercher des partenaires extracommunautaires, et des mécènes en vue de financer les projets initiés par le CORECOHF et ceux des acteurs et partenaires communautaires (associations et entreprises de la communauté),

- conduire des réflexions sur des thématiques telles que culture, éducation, écologie, histoire,religion, anthropologie, sociologie, philosophie, politique, citoyenneté, droit, économie, etc., pouraccompagner la communauté dans une démarche de projet en vue de son rayonnement et en vue d’une traduction de ses actions dans la vie en Haïti. Pour ce faire, l’observatoire de la communauté haïtienne de France est mis en place en même temps que le CORECOHF. Il lui permettra de dégager la pertinence de chaque projet, de le conduire de manière scientifique et d’exporter ses bonnes pratiques vers les autres communautés d’expatriés haïtiens, avec lesquelles devra se mettre en place la fédération des expatriés haïtiens;

- porter des plaidoyers pour la défense des expatriés haïtiens en France métropolitaine et ultramarine. Les modalités d’organisation (mise en place d’un collège de représentants des commissions [création des commissions], désignation des porte-paroles départementaux et régionaux en vue des actions précitées) sont précisées dans le règlement intérieur;

- inciter à la création de la Fédération des expatriés haïtiens (FEH)

- mettre en place le Fonds des expatriés pour le développement en Haïti (FEDH)

- obtenir le droit de vote (représenter et être représentés aux 2 chambres)

- obtenir que le ministère des Haïtiens vivant à l’étranger (MHAVE) soit dirigé par un expatrié ou une expatriée élu(e) par ses pairs.

L.N. : Comment s'organise réellement la communauté haïtienne de France et quel rôle le CORECOHF entend jouer pour la construction d'une vraie communauté haïtienne de France, comme vous l'aviez mentionné récemment ?

L. R. : La communauté s’organise autour de ses associations, ses églises et quelques personnalités. Chaque entité se claquemure, se coupe des autres. Cela rend invisibles leurs actions, et le dynamisme est entravé, comme je l’ai dit tantôt.

Le rôle du CORECOHF, c’est de tenter de lier ces parties pour vérifier un tout cohérent, potentiellement dynamique et solidaire. L’institutionnalisation de la journée de la communauté, comme le dîner annuel de la communauté, est de nature à changer le contexte.

Le CORECOHF, de par son organisation, son travail grâce à ses ressources humaines, s’approche chaque jour de la palpabilité de la communauté. Il y a encore quelques résistances. Mais le mur de la suspicion du soupçon se lézarde devant la sincérité de son offre.

L.N. : Comment définissez-vous le travail du conseil. Quand on voit conseil représentatif, cela fait penser aussi à des initiatives politiques. Qui sont vos interlocuteurs et à quel niveau interveniez-vous dans la politique ?

L. R. : Disons d’emblée que le travail du Conseil est politique. Nous voulons représenter notre communauté auprès des autorités françaises et défendre ses intérêts auprès des autorités haïtiennes. Ce n’est pas une attitude neutre.C’est carrément un positionnement que vous pouvez qualifier de politique d’autant que nous incitons les autres communautés haïtiennes expatriées à en faire autant.

Nous voulons organiser les expatriés pour proposer un cap, à travers une fédération des expatriés haïtiens. Nous voulons que le MHAVE soit dirigé par un expatrié ou une expatriée élu (e) par ses pairs pour gérer le fonds des expatriés pour le développement en Haïti que nous comptons mettre en place. N’est-ce pas de la politique ? Mais, cela voudrait-il dire que le CORECOHF veut le pouvoir pour autant ?Non ! Cela voudrait-il dire qu’il a quelques accointances avec des hommes ou des femmes politiques en Haïti ?Non ! Cela voudrait-il dire que le CORECOHF serait une organisation en soutien à un mouvement ou parti politique en Haïti? Absolument pas.

Toutefois, tous les acteurs politiques haïtiens sont potentiellement nos interlocuteurs.Nous voulons une autre Haïti. Nous dialoguons avec tout le monde. Même avec les plus réactionnaires. Sinon, comment les éclairer ? Comment les amener à cette conscience qu’ils appartiennent à cette nation haïtienne?

Si vous entendez par faire de la politique l’assainissement de la vie publique, l’organisation intelligente du pays, le CORECOHF aspire à cela. Vous aussi sans doute.En tant que citoyen éclairé.Alors, n’ayons pas peur des mots.

L.N. : Et Haïti dans tout cela ? Travaillez-vous avec des associations et organisations basées en Haïti ?

L. R. : Sans doute avez-vous remarqué que pendant tout cet entretien je ne fais que parler d’Haïti. Haïti est partout où nous nous trouvons. Dans chacune de nos réflexions. Dans chacune de nos actions. Oui, nous travaillons depuis longtemps pour Haïti avec des organisations paysannes. À Léogâne notamment. Nous y sommes à travers l’ARCHE, notre partenaire qui rayonne sur Léogâne et à Port-au-Prince, à Martissant notamment où elle a créé en 1995 une école élémentaire du nom d’Agapao pour participer à l’effort contre l’analphabétisme et l’illettrisme. Investie par les gangs depuis 2019, les enfants ne viennent plus à l’école. Cette insécurité coûte cher à nos ruraux également.

L.N. : Vous aviez organisé le 1er janvier 2021 une activité baptisée : « L'éloge de l'audace ». Une manière de rendre hommage au père de la patrie et réaffirmer votre attachement à cette terre de liberté. C'est si loin, mais si proche, comme on dit ?

L. R. : Cette terre de liberté n’a jamais été aussi proche malgré les mers qui nous en séparent. Anrico Macias dit dans une de ses chansons qu’on emporte un peu sa ville aux talons de ses souliers. Nous, nous emportons notre pays au fond de nos cœurs et de nos âmes. Évidemment nous l’emportons partout où nous allons. Nous souffrons quand elle va mal. Cette activité «L’éloge de l’audace» a été réalisée pour dire à nos compatriotes en Haïti et à travers le monde que nous aurons eu tort de ne plus croire, de considérer que la messe est dite, mais que la seule attitude qui vaille c’est de croire en nos capacités à surprendre. Comme Dessalines et ses lieutenants.

Aucune Haïtienne, aucun Haïtien ne réaffirme son attachement à son pays qu’une fois dans l’année, que le 1er janvier. Comme nous ne saurions penser à Dessalines seulement le 17 octobre. Haïti est dans nos têtes d’une manière obsédante. Ses pères fondateurs aussi. Nous n’entendons pas la laisser entre les mains des gens qui ne l’aiment pas. Nous travaillons pour changer cela. Nous travaillons à cette conscience nationale et citoyenne pour que notre pays se débarrasse enfin de ses boulets qui semblent être si heureux de leurs conditions.

L.N. : Quelles sont les perspectives pour les prochains mois ?

L. R. : Mi-mars : nous organiserons notre dîner de cohésion et notre séminaire sur le management. Nous espérons que la crise sanitaire serait moins accrue.

Fin avril : Nous présenterons le CORECOHF à la presse, aux officiels français et haïtiens, aux diplomates de quelques pays amis d’Haïti, à la communauté et aux autres communautés «malienne, sénégalaise, algérienne, etc.»

Fin juin : la commission «Entrepreneuriat/ économie/finances» organisera le salon des entrepreneurs haïtiens à Paris.

La commission «Citoyenneté et intégration» travaille à la réalisation d’une campagne contre les violences en Haïti (courant 2022). Elle organise dans le même temps un colloque sur la citoyenneté à Paris

Juin 2022 : Réalisation du projet «Institutionnalisation de la journée de la communauté».

Le National : Avez-vous un dernier mot ?

LorfilsRéjouis: Oui, vous remercier encore de vos questions et vous souhaiter à nouveau, à vous et à toutes les Haïtiennes et à tous les Haïtiens, une année de santé robuste et de détermination pour affronter les défis qui se présenteront à nous.


Propos recueillis par :
LeslySUCCÈS




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