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Musée de la cuisine haïtienne



De nombreux pays dans le monde, qui ne disposent pas d’une cuisine aussi riche et diversifiée que celle d’Haïti, disposent pourtant d’un ou de plusieurs musées de la cuisine, de la gastronomie ou des centres de documentation et d’interprétation sur la richesse de l’art culinaire. Le Musée de la cuisine haïtienne sera un véritable espace de démocratisation des savoirs et des secrets sur l’ensemble des saveurs de la cuisine haïtienne. Une belle façon de marquer prochainement la Journée mondiale de la cuisine, célébrée depuis quelques années le 20 octobre, n'est-ce pas ?


Découvrir entre l’originalité des recettes et l’authenticité des cuisines tropicales, asiatiques, occidentales, européennes, amérindiennes, africaines, arabes, etc., entre les couleurs, les saveurs croisées et les qualités nutritives associées aux multiples dimensions culturelles et repères existentiels, comme les traditions ancestrales, les espaces géographiques, le jour et la nuit, les vivants et les morts, les hommes et les femmes, entre autres, ne sont que possible qu’à travers une visite réalisée dans un musée orienté vers l’histoire et l’évolution de la cuisine. Pourquoi de la cuisine haïtienne ? Pour sa richesse, sa diversité et son authenticité !

Des expositions à voir dans le prochain et premier Musée de la cuisine haïtienne, qui certainement pourrait être aménagé dans les locaux de l’un des hôtels en Haïti, en panne de visiteurs, de délégation et de touristes étrangers, mais qui aurait pu se rentabiliser via les nombreuses visites des délégations des écoles professionnelles d’art culinaire, et des délégations d’élèves qui viendront découvrir la richesse de la culture et de la cuisine combinée d’Haïti.

Dans le musée de la gastronomie royale de Yuxiandu situé à Pékin, en Chine, on retient que c’est un musée consacré aux repas dynastiques. « La partie réelle du musée est assez faible par rapport à la superficie des salles à manger. Cependant, l’exposition de nourriture impériale dynastique est tout à fait fascinante (encore plus si vous pouvez lire le chinois). »

De ce modèle lointain, on pourrait commencer par définir dans le projet muséal haïtien sur la cuisine nationale, par présenter l’histoire et la diversité des recettes dans la cuisine amérindienne, en passant par la cuisine des colons européens, pour ensuite présenter la cuisine des esclaves, les recettes consommées par l’armée indigène durant la révolution, et finalement les recettes culinaires respectives à chaque département, et sans oublier les recettes associées aux pays qui ont occupéHaïti, via les missions onusiennes, les recettes combinées par les diverses communautés dans la diaspora haïtienne éparpillée dans le monde, et surtout les recettes associées aux rituels et aux esprits dans le Vodou haïtien.

Dans un tel voyage gastronomique, on ne saurait sortir autant avec le ventre vide et avec un petit creux à l’esprit. Tellement d’informations sont disponibles pour se nourrir. Tellement de valeurs et de vitamines sont associées dans la mythique et mystique cuisine haïtienne, dont certaines religions importées tentent de désacraliser, à force de critiquer les « manjelwa ».

D’une visite réalisée au Musée de l’art culinaire marocain, c’est un voyage unique à travers les saveurs et les parfums. « Vous explorez le secret bien gardé de la cuisine marocaine ancestrale. Un lieu pour préserver la tradition d’un riche patrimoine culturel transmis de mères en filles. », rapporte le site du musée qui délègue pratiquement le monopole de la cuisine, de façon même discriminatoire aux femmes. Contrairement en Haïti, ils sont de plus en plus nombreux les hommes qui savent utiliser l’art culinaire comme passion et comme profession pour se nourrir et séduire avec les saveurs !

Dans le prochain Musée de la cuisine haïtienne, les organisateurs profiteront pour rendre un hommage en particulier aux femmes, aux entrepreneurs qui investissent dans les industries de la restauration, dans les fast-foods, dans les « chenjanbe », « aleken », « akoupim chaje », etc.

Dans les années 80 et 90, on retiendra les contributions de madame Gladys Rameau, l’une des premières ou pionnières en Haïti, dans la série des émissions télévisées, dédiées à la cuisine haïtienne autour du thème : « Bon appétit et bonne santé », qui étaient diffusées sur la station de la Télévision nationale d’Haïti. Et depuis, plusieurs cordons-bleus allaient suivre la voie, en passant par des foires gastronomiques et même des festivals.

Difficile de créer un Musée de la cuisine haïtienne, sans consulter le professeur Jean Yves Blot, qui dispose d’une riche documentation renouvelée et actualisée au cours des dernières années, sur la cuisine haïtienne, lors des nombreuses soirées gastronomiques réalisées dans le cadre de son cours de culture haïtienne dispensé, pendant plusieurs années à la Faculté d’ethnologie de l’Université d’État d’Haïti (UEH).

Durant ces soirées gastronomiques, toutes les régions et les départements géographiques d’Haïti, sont représentés à travers leurs cuisines respectives, autour des recettes, leurs productions agricoles, les produits comestibles, les saveurs, les boissons, les transformations et les recettes atypiques.

Dans le cadre de la série « Collection des 40 ans » de la Banque de la République d’Haïti (BRH), la publication titrée « Le Sud, dans la diversité de son patrimoine » offre une riche documentation sur la cuisine du Grand Sud d’Haïti.

Des contributions qui viennent de plusieurs personnalités de référence, via les nombreuses visites et découvertes des cuisines proposées par de nombreux restaurants et d’autres sites gastronomiques établis dans la région retenue dans ce projet collectif et culturel, réalisé sous la direction de Pierre Buteau, avec la participation de Jan Voltaire, LyonelTrouillot, Jean Élie Gilles, Jean Euphèle Milcé, Mireille Pérodin Jérôme, Jean Patrick Durandis, Lewis AmpidouClorméus… Un livre à découvrir dans le musée, mais qui pourrait également fournir des pistes scientifiques pour les recherches et la documentation qui vont accompagner les collections à exposer.

Dans le célèbre Musée de la gastronomie de Lyon, depuis son inauguration, le musée espérait accueillir plus de 300 000 visiteurs par an. « L’exposition permanente démystifie les techniques de cuisson, montre des recettes et enseigne aux visiteurs l’héritage de grands chefs lyonnais, comme le célèbre Paul Bocuse, décédé en 2018. » A noter que le choix du site pour ce Musée de la gastronomie lyonnaise est aussi exceptionnel que la cuisine lyonnaise, tous deux classés au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Dans quel classement peut-on retrouver des recettes régionales et authentiquement haïtiennes comme : le « tonm-tonm », le « diriaklalo », « kalalougonbo », entre autres ? Comment prétendre encourager la production locale et le tourisme, sans pour autant valoriser un pan important du patrimoine national culturel et culinaire via des institutions de conservation, de promotion de la créativité et de la diversité de notre cuisine, de valorisation et d’éducation et de transmission des connaissances et des compétences dans l’art culinaire ? De quel ministère ou dans quelle prévision budgétaire viendra le financement local qui sera destiné à la création du premier Musée de la cuisine haïtienne ?

Depuis quelques années, le ministère de l'Agriculture et des Ressources naturelles et du Développement organise à l’occasion de la traditionnelle fête du Travail, le 1er mai, des foires gastronomiques dans plusieurs régions du pays. Plus proche de nous, une foire gastronomique autour du thème : « Goût et Saveur Lakay » permet à un public plus sélectif de découvrir les trésors cachés d’Haïti à travers son patrimoine culinaire.

Depuis sa création, la Fondation Claire Heureuse Félicité Bonheur, s’est beaucoup investie dans la promotion de ce pan important de notre patrimoine, à travers notamment la promotion de la « Soupe de l'Indépendance », qu’elle organise le premier janvier depuis plusieurs années en Haïti. De la nourriture préparée avec soin, par des participants bénévoles dont des universitaires et des professionnels, qui est ensuite distribuée gratuitement aux membres de la population, en particulier aux malades et personnels des hôpitaux, aux personnes et aux familles en situation difficile dans les rues, aux passants et aux prisonniers. Pour marquer l'anniversaire de naissance respectif du premier couple de la nation, Jean-Jacques Dessalines et son épouse Claire Heureuse, ainsi que l’anniversaire du roi Henry Christophe (Henry 1er), des dîners mettant en valeur la cuisine impériale et la cuisine royale sont organisés comme en 20 septembre et le 6 octobre 2020.

Des restaurants, aux multiples standards formels et informels, ouvrent leurs portes et d’autres ferment boutique, chaque année, dans les différentes villes haïtiennes, et même dans plusieurs communautés de la diaspora établies aux quatre coins du monde. Chacune de ces institutions formelles et informelles, présentant des décors en cartons et en tissus (anbadra), en plastique, en tôle, en béton, en matériaux traditionnels et de solides infrastructures modernes continuent de vendre la cuisine haïtienne à tous les goûts. Qui va raconter l’histoire et l’évolution de ces opérateurs et entrepreneurs, ces créateurs et conservateurs des secrets et des savoirs sur les recettes locales ? Comment établir la carte des restaurants dans chaque quartier et commune en Haïti ? Comment documenter le premier dictionnaire des restaurants et des pâtisseries en Haïti, de A à Z, en passant par anbadra, bouyon ka madanentel, Chez Tony, dèyèmache, la Pause restaurant, Tiffany, le Bicentenaire, machann pâtés, etc. ?

Défendre la place d’un Musée de la cuisine haïtienne est une noble cause pour honorer la mémoire de ces milliers de femmes en général, et quelques hommes en particulier, qui nourrissent leurs enfants, leurs familles, les voisins, les écoliers, les étudiants, les professeurs, les professionnels, les candidats aux élections, y compris l’actuel président Jovenel Moïse, les voyageurs et les chauffeurs dans les gares routiers, les diplomates lors des fêtes nationales, les mendiants à qui on offre un plat gratuitement, les familles qui bénéficient des restaurants communautaires, et toute la population haïtienne ?

Dominique Domerçant




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