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L’apartheid social aux États-Unis

L’apartheid social aux États-Unis



Pendant des décennies, il n’était pas particulièrement aisé pour les Noirs américains d’acquérir des maisons. Jusqu’à présent, la plupart demeurent pauvres et socialement isolés. Il semble qu’il y ait désormais espoir que cela change.


Les choses bougent : dans une lettre ouverte, les principaux conseillers juridiques de douze banques américaines exigent un engagement plus important de leur propre secteur : les institutions financières devraient mieux promouvoir les employés non blancs. Plus concrètement, la plus grande banque américaine, JP Morgan Chase, a annoncé la semaine dernière qu'elle investirait 30 milliards de dollars pour vaincre le racisme systémique. Le cas de pousser un grand ouf de soulagement pour les 47 millions d’Afro-Américains qui vivent aux États-Unis. L’objectif de cette initiative est d’aider plus de Noirs à devenir propriétaires. Une bonne chose quand on sait que l'accession à la propriété dans les quartiers convenables leur a été refusée pendant longtemps.

Le cas de Levittown, composé de colonies de banlieues conçues par William Levitt et sa société Levitt & Sons, est un. Cet entrepreneur a commencé après la Deuxième Guerre mondiale à créer des logements « prêts-à-porter ». À l’époque, les prêts hypothécaires des familles acheteuses étaient également garantis par l'autorité ou par l'Office des vétérans. Le Congrès avait adopté en 1944 le G. I. Bill of Rights (1) pour les vétérans de guerre, qui garantissait des hypothèques bon marché. Mais les Noirs n’avaient pas accès à ces logements. Pourquoi ? Le Federal Housing Administration, l'Administration fédérale du logement finançait Levittown à condition que seuls des Blancs devaient y vivre. « Ils exigeaient que tous les acheteurs de maison soient blancs. Il leur était également interdit dans les contrats de vendre aux Noirs par la suite. L'administration a même refusé de financer de nouveaux lotissements s'ils étaient trop proches des quartiers noirs. », se rappelle, par exemple, Winand von Petersdorff dans son texte paru dans le « Frankfuter Allgemeine Zeitung » (2) sur la situation des Américains noirs sur le marché du logement.

Ce n’est seulement Levittown, considéré comme le symbole du rêve américain, qui était interdit aux Noirs. Il existait aussi d’autres quartiers qui leur étaient proscrits. Peu après la guerre, une multitude de colonies de banlieues ont vu le jour partout aux États-Unis. Von Pertersdorff cite le chercheur et auteur Richard Rothstein qui signale que « presque partout » la même pratique d’exclusion des Noirs prévalait. Ces logements, financés par le gouvernement, étaient réservés exclusivement aux Blancs. « La loi sur les GI, qui devait aider tout le monde à gravir l'échelle sociale, a ainsi permis aux vétérans blancs de se constituer une fortune qui était refusée à leurs compagnons d'armes noirs », critique fort à propos l’auteur.

On a relevé le même problème sous la présidence du démocrate Franklin Delano Roosevelt (en poste de 1933 jusqu’à sa mort en 1945). Il avait fait des constructions de logements à des prix abordables une priorité dans la lutte contre la dépression. À cet effet, les autorités avaient mis en place des prêts hypothécaires garantis pour les familles de la classe moyenne ayant peu de revenus. Mais elles ont d’emblée écarté les Noirs, car ceux-ci étaient sensés ne pas pouvoir rembourser leurs prêts. « Ce schéma ne prenait pas en compte les revenus des Noirs, même la part de la population noire n'y jouait aucun rôle », signale le confrère.

S’appuyant sur les travaux de Richard Rothstein, chercheur à l'Institut de politique économique proche des syndicats, von Petersdorff affirme que le gouvernement avait « fait avancer en quelque sorte la ségrégation ». Pour le chercheur, ses règlements reflétaient les idées du groupe d'électeurs à l’époque concernée, les Blancs. L’économiste vient avec d’autres chiffres encore plus parlants énumérés par l’économiste Leah Platt Boustan : entre 1930 et 1970, environ 4 millions de Noirs du sud de l'Amérique se sont rendus dans les villes du nord et de l'ouest, les Blancs ayant quitté les centres-villes en masse. Ils ne voulaient pas vivre dans des quartiers mixtes.

Von Petersdorff évoque aussi d’autres cas de stratégies mises en place pour éviter tout mélange « racial ». Par exemple, les clauses de contrats privés très répandues (appelées « covenants ») dans lesquelles les promoteurs immobiliers et les voisins s'engageaient à ne jamais vendre aux Noirs ou aux Juifs. La Cour suprême a déclaré ces clauses inapplicables en 1948 : comment l'État peut-il interdire à une famille noire d’acheter une maison ? Malgré tout, ces articles de loi sont restés en vigueur jusqu'en 1968, date à laquelle elles ont été interdites par la loi sur le Fair-Housing, la loi sur le logement équitable.

Le correspondant du FAZ rappelle plus loin qu’entre les années 1930 et la fin des années 1960, la plupart des Noirs ont été coupés du marché légal des prêts hypothécaires, souvent subventionné par l'État. « Ils ont dû recourir à des amis et des parents ou à des institutions financières douteuses qui leur faisaient payer des taux d'intérêt élevés lorsqu'ils voulaient acheter ou réparer une maison », indique le journaliste. Pas étonnant en effet qu’avec la catégorisation des quartiers à prédominance noire dits « non solvables », ceux-ci soient en déclin par manque d'investissements, tout comme la valeur des maisons.

Aujourd'hui, une famille noire typique dispose en moyenne d’une fortune de 17 150 dollars, atteste von Petersdorff s’appuyant sur les calculs du groupe de réflexion « Brookings ». Une famille blanche de classe moyenne gagne 171 000 dollars. Soit dix fois plus. Les conséquences, on peut aisément les deviner. Avec une telle différence de revenus, la balance va certainement pencher en faveur des grandes bourses, même si on doit considérer la décision de la banque JP Morgan Chase comme une bonne chose. En tout cas un début de solution de l’apartheid social.

Huguette Hérard

N.D.L.R.
1) Cette loi fédérale a été adoptée par les États-Unis en 1944 pour faciliter la réintégration dans la vie active des soldats américains (également appelés GIs) ayant servi pendant la Seconde Guerre mondiale. Après son passage au Congrès, elle a été adoptée par le président Franklin D. Roosevelt qui l'a mise en vigueur avec sa signature le 22 juin 1944. Cette loi finançait l'enseignement supérieur pour les vétérans de guerre et a ainsi donné à de nombreux Noirs la possibilité d'étudier à l'université.
2) « Frankfurter Allgemeine Zeitung », 14 octobre 2020.




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