S'identifier Contact Avis
 
25° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

Pourquoi croit-on dans les mythes ?

Pourquoi croit-on dans les mythes ?



L’attentat du World Trade Center en septembre 2011 n’a pas eu lieu. Ni l’atterrissage sur la Lune en 1969. Les riches boivent le sang des enfants. Le Coronavirus est pure invention. Les théories du complot les plus farfelues se multiplient de plus en plus. Qu’est-ce qui porte les gens à croire à ces histoires mythiques ? Dans une interview (1), l’expert en conspiration Michael Butter (1) explique pourquoi ces fantasmes sont si courants.


À Berlin, quelques dizaines de milliers de gens ont manifesté contre les mesures prises par le gouvernement allemand contre la Covid-19. Ces personnes croient que le coronavirus a été inventé pour vacciner de force les populations et pour ravir leurs libertés fondamentales. Il s’agit d’une nouvelle catégorie de théoriciens du complot qui vient s’ajouter à ceux qui existent déjà. Pour Michael Butter, on ne peut pas atteindre ces nouveaux adeptes des théories de conspiration avec des arguments rationnels. Ils sont « persuadés » que les élites, - c'est-à-dire les politiciens, les scientifiques et les médias traditionnels -, « exagèrent artificiellement la menace afin de s'assurer leurs propres privilèges et de priver les gens ordinaires de leurs droits ».

Dans les pays où il y a beaucoup de victimes de la pandémie, d'autres récits prédominent. Par exemple, on prétend par exemple que ce sont les armes biologiques qui auraient libéré le virus. Ou c’est l’effet des 5G, ces mâts supportant des antennes relais qui « vont tuer tout le monde ».

Donc chaque théorie de conspiration dépend des circonstances déterminées, selon l’observation de Butter. Il s'agit, selon lui, de créer un « sentiment de cohérence » pour sa propre vie. Inconsciemment, c’est un besoin humain élémentaire. Il croit qu’à l'ère de l'Internet, ceci peut être particulièrement bien servi grâce aux médias dits alternatifs. « Des contre-publics sont ainsi créés, constate-t-il, et les personnes dont les opinions sont considérées comme des aberrations dans la sphère publique traditionnelle deviennent des références célèbres ». Ces espaces de résonance ont le pouvoir de former l’opinion. À cet égard, il rappelle qu’en ce qui concerne les attitudes envers les réfugiés, comment cela avait fonctionné (2). Aujourd'hui, on constate à nouveau le même phénomène.

À côté des corona-sceptiques, il y a des activistes anti-vaccination et ceux qui considèrent que les radiations des pylônes radio sont nocives. Ils se considèrent comme victimes d'une conspiration. Ces gens ont une chose en commun : ils ont identifié les mêmes coupables. Ils veulent en finir avec le gouvernement et même abolir la démocratie représentative, dans laquelle ils estiment que « le peuple n'a pas son mot à dire ».

Lors de la manifestation à Berlin il y a trois semaines, on en a trouvé de tout (3) : des pacifistes, des extrémistes de droite etc. Ces personnes sont unies « uniquement par la pratique de la protestation et la conviction que leur vérité est la bonne ». Ils se considèrent comme un contre-public.

Butter pense que les gens qui brandissent un drapeau du mouvement pour la paix peuvent ne pas savoir qu’ils manifestent avec des fascistes. Les gens ignorent la signification originale de ces symboles qu’il leur arrive de brandir. À part les extrémistes de droite qui ont délibérément brandi leurs bannières de telle manière qu'elles flottent, comme si cela allait de soi, entre les drapeaux arc-en-ciel et les symboles de paix. Mais de nombreux participants seraient traversés par un « vague sentiment d'histoire : une conscience historique oubliée ».

À titre d’illustration, il prend l’exemple de quelqu'un qui explique que « le drapeau de l'Empire allemand est correct parce que la guerre est venue avec les nazis ». D'autres considèrent les mesures de protection contre le coronavirus du gouvernement comme une prise de pouvoir, comme celle des Nazis en 1933 et demandent en conséquence que « le cabinet ministériel soit supprimé afin que les Allemands ne soient pas privés de leur liberté comme ils l'étaient sous Hitler ».

Pas de danger pour la démocratie pour l’instant

Un quart jusqu’à un tiers des Allemands sont susceptibles de croire aux théories du complot. Selon un récent sondage, 17 % d'entre eux pensent que les Américains n’ont jamais posé un pied sur la lune. D’après Butter, les personnes qui sont enclines aux théories complotistes sont également susceptibles d'avoir des idées irrationnelles sur le coronavirus. Les manifestations actuelles recèlent donc un « énorme potentiel d'activation ». De ce point de vue, il est, selon lui, rassurant qu'il n'y ait pas eu plus de 38 000 participants, comme il y a trois semaines à Berlin.

Un danger pour la démocratie ? Il ne pense pas que des groupes d’extrême-droite comme les « Citoyens du Reich » (4) s'empareront de cette scène. Les autres manifestants commencent à mieux comprendre grâce aux discussions houleuses qui ont eu lieu par la suite, notamment à propos de l’assaut du Reichstag. Lors des manifestations des « anticorona », des centaines de personnes ont tenté de pénétrer de force dans le bâtiment du Reichstag, siège de la chambre des députés. Un acte qui a ébranlé le pays, le président allemand Frank-Walter Steinmeier a dénoncé, ce dimanche, une « attaque insupportable contre le cœur de notre démocratie ».

Qu'est-ce qui pousse les gens au XXIe siècle à des fantasmes comme celui des riches buvant le sang des enfants, lui demande-t-on ? Selon l’expert, ces croyances bizarres sont moins étonnantes qu’elles ne paraissent à première vue. Il explique que dans une société éclairée, il faut supporter l'ambivalence et comprendre qu'il n'y aura pas - peut-être jamais- de solution à de nombreuses questions et problèmes. De telles ambiguïtés ne conviennent pas à tout le monde : certains ont besoin de certitude. Or, le cas de la Covit-19 livre des incertitudes en excès et en permanence. « Les découvertes des scientifiques changent constamment, et le fédéralisme avec ses décisions incohérentes renforce le sentiment ». C'est un soulagement pour certains de diaboliser ceux qui sont supposés être responsables. Les 5G, Bill Gates, les élites, les médias traditionnels, les gouvernements etc.

Les complotistes se sentent donc mieux car les théories confirment leur propre interprétation du monde et leur libèrent de toute responsabilité. « Si on pense que le danger émanant du coronavirus est exagéré, on n'a pas à se conformer aux nouvelles règles ni à craindre pour sa santé ou ses proches ».

Les théories du complot font partie de l'activité politique depuis l'Antiquité. Peut-on en tirer des leçons ? Butter pense qu’on ne peut pas généraliser, les circonstances étant trop spécifiques pour cela. Dans la République de Weimar (1918-1933), elles faisaient partie des connaissances standard généralement acceptées. Ce n'est que dans les années 1960 que les théories du complot en Allemagne ont eu tendance à devenir insignifiantes et à changer fondamentalement de direction.

Jusqu'alors, elles étaient principalement menées par des personnes puissantes afin de stigmatiser les supposés subversifs - juifs, francs-maçons, socialistes ou catholiques. Mais elles sont ensuite devenues l'instrument populiste de « petites gens ». C’est qu’on observe aujourd’hui. « Dans les années 70 et 80, cependant, en tant qu'adeptes d'une théorie de la conspiration, il fallait investir beaucoup plus de temps. Ils copiaient des livres, ils distribuaient des prospectus. Aujourd'hui, Google et post. Et plus les informations sont détaillées, mieux c'est. Autant les conspirateurs ignorent les principes des Lumières, autant ils en respectent le style ».

Danger pour la santé à terme

En ce sens, les représentants de thèses irrationnelles fournissent une foule de données pour montrer qu'ils détiennent la vérité. Un exemple : « Quand on discute avec des personnes qui croient que le gouvernement américain a mis en scène la destruction des tours jumelles, on entendra immédiatement que l'acier utilisé dans les tours ne fond qu'à des températures qui ne peuvent jamais être atteintes par une explosion de kérosène d'avion. De tels arguments sont faciles à réfuter, mais comme les interlocuteurs ne sont généralement pas familiers avec les températures de fonte, la première impression est celle de la précision scientifique ».

Que peuvent faire les politiciens pour regagner la confiance de ces personnes ?, s’enquiert le journaliste. Pas grand-chose, répond Butter. D’après le spécialiste, les études ont montré que les partisans convaincus d'idées irrationnelles y croient encore plus fort lorsque des contre-preuves leur sont présentées. L’expert pense que les membres de la famille ou les amis pourraient cependant amener ces personnes à réfléchir sur leur situation. « Vous devriez lui demander pourquoi il (ou) croit en toutes ces choses, mais sans paraître amusé, fâché ou irrité ». Cette ouverture mettrait, selon lui, un processus d'auto-réflexion en route. « C'est un processus long et souvent infructueux, mais il est logique de soutenir des initiatives où les proches peuvent apprendre de telles stratégies ».

Une tentative importante car à moyen terme, Michael Butter pense que les négationnistes du coronavirus peuvent constituer un danger. Par exemple, il prévoit que si la contestation devait se transformer en un mouvement populiste typique dans lequel les théoriciens du complot s'allient à une masse de personnes mécontentes et malheureuses, les choses pourraient devenir beaucoup plus risquées qu'elles ne le sont actuellement. « Le mélange d'irrationalité et de frustration est explosif, estime-t-il avec justesse, car alors l'heure des partis anti-démocratiques sonnera. Et déjà aujourd'hui, les protestations montrent que notre société s'éloigne sur des questions importantes. »

Huguette Hérard

N.d.l.r.
(1) Michael Butter (43 ans) est professeur de littérature américaine et d'histoire culturelle à l'université de Tübingen (Allemagne) et expert en théories du complot. L’interview accordée à Katja Thimm a paru dans l’hebdomadaire „Der Spiegel“ du 11 septembre 2020.
(2) La culture de bienvenue des Allemands vis-à-vis des réfugiés, en 2015 et 2016, a été au fil des temps refroidi suite au travail de diabolisation des réfugiés au niveau de l’internet.
(3) Lors de la manifestation des anti-corona », ont défilé côte à côté un praticien alternatif (qui avait appelé les protestataires à monter les escaliers du Reichstag), des mères portant les symboles du mouvement pour la paix, des « Citoyens du Reich » (radicaux de droite), des antisémites et toutes sortes de théoriciens du complot. On a même entendu un discours en hébreu et un groupe en train de méditer.
(4) Les « Reichsbürger » ou « Citoyens du Reich » considèrent la « République fédérale allemande » comme un complot d'après-guerre. D’après la Verfassungsschutz, l’Office fédéral de protection de la Constitution, ils sont au nombre de 19 000 membres. Des solitaires bizarres mais certains d’entre eux détiennent des armes.




Articles connexes


Afficher plus [7084]